Le Canigou, de Lucille Cottin : lisez l’extrait en ligne !

Dans les Pyrénées se cache une bête terrible, appelée le Canigou. Lorsque les promeneurs s’approchent de son antre, ils finissent invariablement assassinés, et ce malgré les avertissements de Clothilde, une tuberculeuse présente dans la région pour soigner sa maladie. Un comportement qui n’est pas pour satisfaire le Canigou, qui décide d’en finir avec sa rivale. Clothilde survivra-t-elle au monstre ?
Avec Le Canigou, Lucille Cottin parvient à créer en peu de pages une atmosphère d’épouvante et d’angoisse.

C’était une morne journée d’hiver, comme ici il y en a tant. Le ciel, livide, masquait le soleil et se faisait l’écho des neiges éternelles restées sur le sol. Parfois, le vent entre les monts sifflait et évoquait de lointains hurlements. Alors, mes journées devenaient sinistres.

Je m’appelle Clothilde Lagrange, j’ai trente-neuf ans. Je suis une femme très malade, dévorée par la solitude et « une bien vilaine tuberculose ». Lorsque mon médecin avait prononcé son diagnostic, mon époux s’était empressé de m’expatrier dans notre résidence pyrénéenne, plus efficace à ses yeux qu’un sanatorium. Cette demeure, je la trouve sinistre. Entourée d’un éternel hiver, j’ai le sentiment de vivre dans un tombeau. Mais après tout, n’est-ce pas là la véritable nature de cette villa ? – ma dernière demeure.

Restons lucides et honnêtes : si l’on m’a expédiée ici, c’est afin de se débarrasser de moi. Belle-maman me disait toujours : « Vous inquiétez mon fils, Clothilde, vous effrayez vos enfants ! » Ce n’était pas pour moi qu’ils tremblaient, mais pour eux-mêmes : ils redoutaient la contagion. Alors, ils m’ont envoyé vers la mort… Trois issues s’offrent à moi : le suicide, la maladie ou l’assassinat.

*

Dans les Pyrénées réside un conte oublié, que certains journaleux ont ressuscité depuis peu. Il s’agit de la légende du Canigou. Lorsqu’il descend de son mont, ce monstre redoutable dévore voyageurs égarés et touristes imprudents. Ses crimes possèdent une double signature : la trace de ses mains crochues sur le cou de ses victimes, et un long rire sardonique qui roule dans la vallée, tel un terrible tonnerre. Souvent je l’entends : le sentier qui mène jusqu’à son antre passe à côté de ma prison. Je vis, la nuit, dans la crainte : je sais qu’un jour, mon tour viendra.

*

Un après-midi que j’étais à ma fenêtre et y toussais, du fait de ma maladie, avec beaucoup d’élégance, j’entendis dans la pièce mitoyenne craquer le plancher. J’arrachai mes regards du sentier qui menait à « l’antre du Canigou » – un bout de terre recouvert de neige, à peine un chemin – et des nappes de brume qui lui servaient d’arrière-plan et me mis à trembler en fixant la porte du salon. Mon instinct me faisait comprendre qu’il s’agissait de ses pas. Terrifiée, je me tournai vers la fenêtre, à la recherche d’une aide providentielle. Soudain, je sentis un souffle chaud rouler sur ma nuque ! Je me retournai en criant, mais le monstre avait déjà disparu…

 

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Lucille Cottin est née en 88 à Metz. Dès son plus jeune âge, elle se plonge dans l’univers du livre et de la bande-dessinée. A côté, elle dessine et bricole des tas de personnages. Après moult péripéties, elle rejoint l’université de Lorient, puis celle d’Angers, pour suivre des études de lettres teintées d’archives et d’édition.

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4 Comments on Le Canigou, de Lucille Cottin : lisez l’extrait en ligne !

  1. Qu’est-ce qu’on peut être neuneu quand on se fait peur tout seul à penser à des monstres ou des fantômes… Moi-même la dernière fois que je me suis fait peur tout seul dans mon canapé, c’est devant un pauvre DVD d’un film d’horreur avec des gosses qui foutaient les jetons, mais alors les jetons ! Bon, mais une fois couché sous la couette, sans trop prendre le temps de se vêtir en habits de nuit, et avec juste la mèche de cheveux qui dépasse de sous les draps, blotti contre la personne aimée quand elle est là, on se dit que quand même, faut se raisonner, on est adulte non ? Allons !

    Mais quand on est seul dans une maison en pleine montagne, loin de tout et de tous, et que passe tout près le sentier où déambule, selon la légende locale, l’immonde monstre nommé Canigou, la couette ne suffit plus à rassurer. Surtout quand on entend des bruits bizarres et que le matin des traces de strangulation apparaissent sur votre cou…

    Cette nouvelle courte nous embarque dans les peurs du personnage principal, interpelle nos propres angoisses, et déploie ce qu’il faut de perversité pour ne dénouer l’intrigue qu’à la dernière ligne…

  2. J’ai toujours adoré les contes et légendes, ils offrent tellement de possibilité d’adaptation si nous avons de l’imagination. Moi-même il m’arrive d’imaginer des histoires autour de certaines créatures légendaires.

    Lucille nous offre ici une histoire courte qui montre comme il est aisé de friser la folie. Si en plus le personnage vit reclus pas loin de l’antre d’un monstre, la folie n’est-elle pas la voie que chacun emprunterait ?

    La chute de l’histoire est étonnante, elle a su me faire sourire, je m’imaginais la scène, et croyez-moi, cela vaut le détour ☺

  3. C’est une nouvelle sans aucun doute originale que propose l’auteur de Betty Lou : une femme, malade, se retire dans les Pyrénées à la demande de sa famille. Mais la région est secouée par une inquiétante légende locale, celle du canigou, monstre tapi dans l’ombre qui attaque les voyageurs. La ville est bientôt frappée par une vague d’attaques.
    Très vite, de nombreuses questions se posent : pourquoi la population ne prend-elle pas garde au monstre et ne prête-t-elle pas attention aux avertissements de la femme ? Est-elle la seule à pouvoir voir la créature ?
    D’une grande maîtrise, l’oeuvre nous plonge dans l’enquête et devient de plus en plus anxiogène jusqu’à l’un des dénouements dont l’auteur à le secret.
    Les rebondissements et la folie marquent cette oeuvre fantastique qui rappelle sans mal les plus grands du genre comme le Horla de Maupassant.

  4. Une femme seule, malade au fin fonds d’une demeure lugubre. Un décor de montagne en hiver, et l’ombre d’un monstre féroce attaquant quiconque oserait s’aventurer près de son antre. Il n’en faut pas plus pour faire peser une ambiance sombre et lourde sur cette nouvelle. Si la légende du Gévaudan nous vient tout de suite à l’esprit, la fin est bien plus terrifiante… Avis aux amateurs de frissons d’horreur ! Une nouvelle bien ficelée qui amène le lecteur à vouloir en savoir plus sur cette étrange histoire de bête rodant et qui serait à l’origine de nombreuses disparitions, notamment lorsque la famille de Clothilde se trouve impliquée…

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