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La promesse du métal, de Jennifer Simoes (Extrait en ligne)

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Antonio et Olivier sont envoyés en mission à Mitrovica, au Kosovo. Là-bas, la guerre n’a pas véritablement cessé. Ils viennent régulièrement en aide à une vieille femme serbe, rejetée des habitants de son quartier à cause de ses origines. En faisant cela, les deux hommes enfreignent certaines lois. La vieille femme, elle, les inonde de nourriture et de vieilles photographies jaunes. Dessus, on y voit ses filles. Sa grande fierté.
Cette femme, c’est l’illustration de la gloire d’antant, rurale, franche, rude. Elle est le symbole d’une époque révolue. Mais quel secret dissimule-t-elle au fond de son coeur, et pourquoi s’acharne-t-elle à rester dans une maison en ruines ?
Un récit noir et brillant, intemporel et magique, mené par une plume ferme, implacable et, quelque part, cynique.
« Qu’elle considère cela comme une victoire. Il y aura d’autres batailles ».
Cette nouvelle est extraite du recueil « L’Art de la fuite » et précède « Théorème »

Le soleil se lève avec peine sur le visage hirsute d’Antonio. Lunaire et troublé.

Derrière le store à moitié replié, un chien erre, à l’affût. Il tente de remonter une trace, furète entre les cailloux glacés et dresse l’oreille, d’un coup, comme si un cri lointain lui était parvenu.

Pourtant le silence règne entre les immeubles impersonnels qui bordent la cour.

Antonio contemple ses camarades, encore endormis sur leurs lits de camp et tente de dénouer ses muscles raidis après une nuit sans sommeil. Ses vertèbres claquent comme une carabine chargée à blanc sur le ronronnement assourdissant du frigidaire.

Sur la table de formica, les verres poisseux s’empilent et témoignent d’une énième soirée passée à boire ; à deviser et engloutir de l’eau de feu jusqu’à sentir cet engourdissement salvateur dans les muscles des bras et des jambes. Lever le coude jusqu’à confier des secrets parfois honteux à voix haute et en s’esclaffant, sans craindre ni représailles ni jugement. Car tout est tellement plus doux quand la liqueur dissout les sens.

Mais pas pour lui.

Ses collègues avaient fini par s’endormir, presque sans s’y attendre, au bout d’une conversation qui mêlait les déboires amoureux des uns aux résultats sportifs tombés dans la soirée. Deux domaines qu’Antonio avait toujours pris soin d’éviter. Il avait attendu, patiemment, que les verres glissent de leurs mains gercées par le froid et que leurs pieds chaussés de lourdes bottines de cuir s’alignent sur les matelas. À la verticale.

Puis, après les avoir observés un moment, il s’était mis à débarrasser les bouteilles encore poisseuses de tout l’alcool qu’elles avaient contenu. Incapable de trouver le sommeil. Et les pensées angoissantes tournaient au fond de lui sans qu’il réussisse à les neutraliser. Qu’est-ce qui peut bien l’empêcher d’être comme eux, apaisé et satisfait ?

Il se balance sur la chaise pour la faire grincer, fait claquer son briquet entre ses doigts dans l’espoir de réveiller les autres. En vain.

Il faut qu’il sorte, qu’il la voie.

Qu’il sache pourquoi il est ici, pour quelle raison on lui a collé cette mission au fin fond de l’Europe. Ça ne peut pas être qu’une punition… Il y a forcément un but plus grand, plus noble, des rencontres suffisamment bouleversantes pour dévier le cours de sa vie.

Il l’imagine déjà, assise sur cette chaise branlante devant la maison aux pots de fleurs éclatés. Comme tous les jours… Les mains croisées sur son tablier aux couleurs indéfinissables, poussées les unes dans les autres par le contact de la graisse, de l’eau et des différents détergents sur le tissu usé.

Majestueuse.

Elle regardera les enfants morveux et débraillés jouer pieds nus dans les flaques d’eau croupie, s’asperger, se pousser, se rouler dans cette semi-boue en s’époumonant, inventant mille insultes insensées. Des injures qui s’affineront avec les années et qui prendront une couleur plus tragique.

Sans s’émouvoir… elle en a entendu d’autres. Ses deux pieds chaussés de bottines râpées seront posés sur le sol, fermement, bien décidés à s’enraciner dans cette terre. Malgré les avertissements dont témoigne l’intérieur dévasté de la maison dont elle a hérité à la mort de sa mère…

Antonio ne sait rien de sa vie.

Il ne sait pas que son fils est parti, quelques mois auparavant, rejoindre les milices nationalistes. Il n’était pas là quand ce dernier lui a annoncé sa décision… Quand la nuit est tombée, brusquement, sur la table de la cuisine autour de laquelle ils s’étaient réunis pour le dîner frugal du soir. Comme si le morceau de pain paysan, la soupe vert-orange ou le fromage aux herbes posé devant eux étaient devenus invisibles à leurs yeux ! Ils restaient intacts au milieu de leurs estomacs noués.

Il n’avait fallu que quelques secondes pour que les cris et les coups se mettent à fuser à travers la pièce minuscule, fissurant les murs et faisant trembler les étagères lourdement chargées de bocaux qui claquaient les uns contre les autres comme une mâchoire apeurée.

Des particules de tissus voletaient sous l’ampoule qui se balançait dangereusement au bout de ses fils dénudés. Éclairant par intermittence les morceaux d’épiderme qui retombaient dans la soupe renversée dont les effluves tièdes attiraient le chat.

La vieille s’accrochait au cou de son fils, lui arrachant des poignées entières de cheveux châtains et agrippant sa chemise à carreaux de toutes ses forces, au point de la déchirer de part en part. Au point de ne plus savoir si elle le retenait ou si, de ses doigts tétanisés par la colère, elle le repoussait.

Serrées l’une contre l’autre dans l’encoignure de la pièce, les petites pleuraient en griffant leurs joues encore vierges jusque-là de toute violence. Leurs sanglots entrecoupés de hoquets n’étaient que de vaines tentatives pour attendrir un cœur déjà submergé par la haine. Le cœur d’un frère qui ne les voyait plus, qui se débattait contre les meubles de ce qui avait été sa maison, son refuge… avant qu’il ne claque la porte, rompant d’un seul coup des liens qui avaient mis des nuits et des saisons à se tisser.

Et le silence s’était imposé comme des briques gelées entre les corps tendus par l’angoisse.

Ce qu’Antonio s’était laissé dire, en revanche, c’est que les véritables tyrans étaient apparus quelques mois plus tard. De concert avec les premières fleurs blanches dans le jardin tranquille. Mais eux ne venaient pas annoncer la belle saison.

Leurs bérets se découpaient dangereusement dans le ciel dégagé, obscurcissant les tout nouveaux bourgeons sur les arbres fruitiers pendant que leurs bottes maculées de tristesse écrasaient sans répit l’herbe encore humide de rosée.

Ils sont entrés sans invitation, tournant dans chaque pièce en sifflotant des airs comiques, faisant craquer une à une les lattes du parquet laminé et pestant contre le vide envahissant dans lequel ils se noyaient.

– Où est-il ?

Leurs mains dans les placards déchiraient, broyaient, puis jetaient sur le sol des objets insignifiants ; de ceux qui peuplent la plupart des meubles de maison… Ce n’est pas ce qu’ils étaient venus trouver. Alors ils enfonçaient à nouveau leurs bras dans le fouillis banal du quotidien ; ils les enfonçaient toujours plus loin, à la recherche de choses qui n’existaient pas.

Devant l’échec, leurs bouches ont commencé à tonner. Ils ont fait pleuvoir mille châtiments sous le toit de cette femme, exigeant la beauté et l’innocence d’un instant infâme…

Ils ont déclenché une tornade à l’intérieur d’elle-même, passant ses membres au rouleau compresseur et faisant bouillir son sang, sacrifiant le reste de la famille pour qu’elle ouvre la bouche…

Mais personne n’a jamais desserré les dents, sauf pour implorer le ciel.

 

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J’étouffe dans un bureau, prends des sueurs froides contre la machine à café, ne sait pas me servir d’Excel… Et non merci je ne veux pas apprendre ! Je ne sais pas chanter, ni danser. Je ne joue d’aucun instrument car je n’en saisis pas le langage et pourtant je les aime ! Je parle plusieurs langues mais je suis incapable de traduire un texte sans me l’approprier, l’interpréter et créer tout un monde autour des quelques mots qu’on me demande de dénaturaliser.

Bref, c’est donc en toute logique et parce que je n’étais adaptée à rien – ou devrais-je dire à tout – qu’après des études de langues et de journalisme je me tourne vers la littérature. Parce que la vie ne suffit pas, comme l’a dit Pessoa, et qu’il me faut d’autres mondes, d’autres lieux, un univers infini, pour dessiner des vies parallèles ! »

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