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Vous et l’Histoire : Rémy Carras

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Bonjour Rémy et merci d’avoir accepté de participer à notre rencontre sur le thème « vous et l’Histoire » ! Quels sont tes rapports à l’Histoire ? T’y intéresses-tu beaucoup ?

Je m’intéresse beaucoup à l’Histoire, en effet, notamment de par mon cursus universitaire (Master 2 en Histoire Contemporaine et Histoire des Religions). J’ai un peu pris mes distances avec la discipline par la suite, car l’historiographie française héritée de l’École des Annales, malgré tout ses apports, prône l’objectivité, ce qui est, à mon sens, une erreur, pour ne pas dire une impossibilité : le seul fait de choisir une thématique à traiter est soumis à des affinités, un désir, une subjectivité… La notion d’honnêteté me semble plus essentielle. En sus, je suis devenu incapable de me fondre dans un académisme institutionnel, ce qui m’a poussé à refuser le doctorat et la thèse qui m’étaient proposés.

Néanmoins, je reste féru, à mon niveau, et même vigilant face à l’instrumentalisation qui peut être faite de l’Histoire. La recherche d’hommes (ou femmes plus rarement) providentiels, « les grands événements », la volonté d’écrire un roman national… et donc de la réécrire et la réinterpréter, sont autant d’écueils, qui peuvent être dangereux, à l’instar des Lorent Deutsch ou Stéphane Bern par exemple.

En ce sens, je recommande le livre dirigé par Defossé, « Vision de los vencidos. Relaciones indigenas de la conquista », qui raconte l’invasion coloniale du Mexique par l’Espagne du point de vue des populations locales. Non, l’écriture de l’Histoire n’est pas, ne doit pas être, le droit exclusif des vainqueurs !

Y a-t-il des périodes de l’Histoire qui t’intéressent particulièrement ?

J’aime énormément la période contemporaine, que l’on fait généralement commencer au moment de la première révolution industrielle, où les évolutions globales sont davantage concentrées dans le temps, en bien comme en mal d’ailleurs. Même si j’apprécie d’autres périodes et thématiques (l’histoire de l’Amérique Latine de la colonisation à la néo-colonisation en passant par les phases d’indépendance en premier lieu), j’ai une affinité pour l’histoire contemporaine quasi actuelle, à partir des années 1980. L’Histoire est essentielle, au même titre que les autres sciences humaines, pour comprendre les enjeux de notre époque.

C’est pour cela que je m’étais penché sur « Le Rock sous les années Thatcher » en Master 1 durant mon année en Angleterre, qui me permet de saisir les idées de cette mouvance, ses applications et ses conséquences, et à titre personnel de déplorer une volonté des politiques et éditocrates français actuels de réhabiliter cette période…

En poursuivant mes études après une année sabbatique, en Sociologie et Culture cette fois, mon sujet portait sur le rôle de la musique dans la (re)construction de la ville, en me basant sur le cas de la Nouvelle-Orléans post-Katrina. Un travail sociologique et urbanistique donc, mais avec cinq ans de « retard » à l’époque, pour avoir le recul nécessaire. Notion essentielle derechef.

Si tu pouvais vivre à une autre époque, laquelle choisirais-tu ?

Je ne crois pas vouloir vivre à une autre période que celle-ci, car bien que les déterminismes sociaux existent et les inégalités demeurent, nous avons l’opportunité, en Occident à tout le moins, de tenter de faire ce que l’on veut. Mes grands-parents étaient agriculteurs, et mes parents ouvriers… en d’autres temps et d’autres lieux, je n’aurais pas eu le luxe de vouloir être ce que je veux et faire ce que je désire.

Nous vivons une époque incertaine, délicate, mais c’est d’autant plus excitant. Pour peu que l’on rejette le fatalisme, que l’on peut aussi lier en un sens à une certaine conception de l’Histoire, cyclique (le fameux « Eadem Sed Alier » de Schopenhauer. Les uniformes changent, mais l’Histoire se répète), et qu’au contraire nous la percevions comme une ligne, sinusoïdale certes, alors nous prenons conscience que ce qui deviendra « Histoire » dans quelques années est avant tout ce que nous avons décidé d’en faire aujourd’hui.

Ton recueil, Violently Happy, aborde notamment l’histoire politique d’Islande. T’es-tu fortement documenté sur ce sujet, ou as-tu appris ces informations au cours de ton voyage ?

Je ne m’étais pas renseigné sur l’Histoire politique islandaise avant de partir. Pas sciemment, en tout cas… Je n’avais même pas l’intention, en partant, de faire un recueil… Mais, comme évoqué précédemment, nous sommes acteurs de la société actuelle, nous ne sommes pas passifs face à une fatalité et un cycle historique. De par mes affinités politiques et les lectures inhérentes, j’essaie de voir ce qui se fait ailleurs, les théories et modèles qui en ressortent, ce qui marche… et leurs limites également. En l’occurrence, ce qui se passe en Islande, au même titre que dans les pays scandinaves ou en Amérique Latine (je pense notamment à l’Équateur, comme je pensais auparavant au Venezuela), m’intéresse au plus haut point.

Cependant, pour « Violently Happy ? », j’ai creusé, affiné mes rares connaissances sur le sujet. Si certains lecteurs pensent que je me raconte personnellement et que l’Islande n’est qu’un prétexte, je crois que cette interprétation marche aussi dans l’autre sens : je me sers de mon propre cas, tout personnel, et de mes névroses, pour créer une narration que j’espère assez plaisante, et qui in fine sert à dépeindre une société, à un instant donné. Il me fallait donc ensuite faire quelques recherches et interpréter, avec du recul, les rencontres et conversations, pour essayer de comprendre ce qu’est ce pays. C’est là la définition même du Gonzo reportage, qui je crois colle bien à ce recueil : l’écriture à la première personne, la subjectivité, l’histoire personnelle (la vulgarité, l’alcool et/ou les drogues, ne sont pas des conditions sine qua non pour ce faire, n’en déplaise à ceux qui se veulent héritiers de Hunter Thompson), afin de raconter une ville, une société, un pays. Si je me suis éventuellement raconté – fait à prendre avec des pincettes, car il y a aussi une part de fiction dans le récit, dont je suis le seul à connaître les proportions – je crois que les lecteurs ont aussi pu en apprendre pas mal sur l’Islande.

Merci pour ce riche échange sur ce sujet. On te dit à très bientôt pour une nouvelle interview !

1 Comment on Vous et l’Histoire : Rémy Carras

  1. Dans ce que je viens de lire il ne m’apparaît pas clairement que la différence soit faite entre l’histoire et le roman historique. Pourrait-on cerner le problème ? Question à titre d’entrée en matière : « Les Trois Mousquetaires » d’Alexandre Dumas » est-il un roman historique ? JLl

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