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La Lucenera, de Lucille Cottin (Extrait en ligne)

lucenera, venise, carnaval, masque, mystère, suspens, fantastique, nouvelle, noir, crime, meurtre, possessionChristelle est une grande modiste de Venise, spécialisée dans les tenues de carnaval. Cependant, malgré son succès, elle ne rêve que d’une chose : pouvoir s’attribuer la Lucenera, un costume d’exception datant du 18ème siècle. Imaginez donc sa joie lorsque la grande dame vient lui rendre visite un jour ! Mais le costume tombe en miettes, de manière anormale. Il semblerait que le porter ne soit pas de tout repos…

(…) À l’époque, j’aimais tellement le carnaval que je me risquais parfois à abandonner ma précieuse boutique à ma sœur. Je m’échappais, je rôdais dans les rues à la recherche de costumes à admirer. C’était pour moi un bon moyen de me tenir au courant, de voir quels types, quels personnages et quelles couleurs étaient au goût du jour. Cette année-là, c’était le rouge, les rois et les bouffons burlesques. Mon esprit créateur s’enivrait de l’ambiance festive qui courrait par toute la ville. Moi-même je prenais parfois part à cette fête des fous, vêtue de mes plus belles créations.

Aux alentours de 19 heures, je rentrais chez moi confectionner de nouveaux costumes. Le lendemain, ils étaient tous vendus. C’était de simples, mais beaux objets, destinés à ces modestes revenus qui voulaient eux aussi prendre part aux festivités. Il m’était facile de satisfaire ces humbles désirs. Je n’étais faite que pour cela. Ah ! Le plaisir de créer ! C’était ma vie.

Puis minuit arrivait. Je me déguisais souvent et sortais m’amuser jusqu’aux aurores. On ne dormait pas beaucoup, en ces temps-là.

Un jour, au beau milieu des festivités, une femme se rendit à la boutique. Elle se jeta sur ma sœur avec un air des plus désespérés, criant et suppliant qu’on lui vienne en aide : son masque était abîmé. Naturellement, ma sœur était incompétente dans le domaine : son truc, c’était de bayer aux corneilles. Elle expliqua calmement à la cliente que j’étais de sortie, que j’en avais pour quelques heures. La dame, brave, m’attendit toute l’après-midi.

Lorsqu’enfin j’arrivai, cette personne poussa un cri et se jeta sur moi. Je ne pus me retenir de crier aussi, mais de surprise. C’était la Lucenera ! Qu’est-ce qu’une célébrissime comme elle venait faire dans mon humble entreprise ?

Je me dois ici de donner quelques explications au lecteur qui ne serait pas de Venise. Comme précédemment indiqué, le carnaval est personnifié par de grandes figures locales. La Lucenera en fait partie. C’est une sorte de Colombine noire. De ce que j’en savais, cela faisait plus de cent cinquante ans que ce costume existait.

Il s’agit d’une femme mousquetaire. Elle porte des pantalons noirs brodés de perles de nacre, un gilet sombre aux armoiries d’argent et une belle chemise de soie à jabot. Sur ses magnifiques cheveux ébène était posé un tricorne de la plus haute élégance, orné d’une grande plume de satin.

Quant à son masque, il était des plus curieux. Bien qu’il ait forme humaine, il avait un je-ne-sais-quoi qui lui donnait l’allure d’un oiseau précieux. Contrairement aux masques traditionnels, faits de papier mâché ou de cuir, celui-ci paraissait avoir été taillé dans un cristal d’argent. Il dégageait une extrême pureté, voire une certaine noblesse de cœur. Rien ne venait l’orner, à l’exception de fins diamants noirs qui brodaient le contour des yeux. Le long des tempes, deux fils d’argent pendaient comme les cheveux de la sagesse. On aurait dit que la ficelle servant à tenir ce masque était rompue.

Enfin, une fine dague pendait au côté droit de la dame. Elle semblait être de la même matière que le masque et luisait comme une pierre de lune. Cela donnait de la force au costume, qui m’époustouflait.

– Quelle tenue magnifique ! m’écriai-je en tournant tout autour de ma cliente pour mieux la contempler. Elle date du XVIIIe siècle, n’est-ce pas ? Me permettriez-vous d’en faire une copie ?

– Je suis venue, répondit une voix angoissée, parce que mon costume s’est abîmé !

La cliente se mit à sangloter. J’étais surprise : je n’avais rien remarqué.

– Il faut que vous m’aidiez ! rajouta-t-elle.

– Vous en faites pas, m’dame. Christelle, c’est la meilleure ! lança ma sœur.

J’acquiesçai. La cliente plongea la main dans la poche de son pantalon et en sortit deux pendants en diamant noir.

– Ce matin, m’expliqua-t-elle, ils sont tombés. Savez-vous ce que cela signifie ?

(…)

 

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Lucille Cottin est née en 88 à Metz. Dès son plus jeune âge, elle se plonge dans l’univers du livre et de la bande-dessinée. A côté, elle dessine et bricole des tas de personnages. Après moult péripéties, elle rejoint l’université de Lorient, puis celle d’Angers, pour suivre des études de lettres teintées d’archives et d’édition.

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2 Comments

  1. Book Addict (lectrice pour l'Arlésienne)

    La Lucenera est une aventure passionnante qui vous plongera dans un univers de fastes mais aussi de secrets et de faux semblant.

    Une couturière vit à Venise. En pleine période du carnaval, une célébrité entre dans sa boutique, la suppliant de retoucher à temps son costume.

    Découvrez une histoire riche et remplie de détails: dès les premières lignes, on se croirait à Venise. L’écriture et les descriptions sont de qualité et les thèmes très variés: le carnaval, l’identité, le secret, la déchéance… L’oeuvre passe par une palette d’émotions très étendue: l’envie, la colère, la jalousie, l’idolâtrie, l’honneur…

    La nouvelle rappelle les plus grands et est une véritable invitation au voyage mêlant polar et fantastique… Dans cette œuvre emprunte de suspens, la beauté côtoie l’horreur.

  2. Alouqua (Chroniqueuse pour l'Arlésienne)

    S’il y a bien une chose qui me fascine depuis que je suis enfant, c’est Venise et son célèbre carnaval.

    La magie du carnaval de Venise, les couleurs, le mystère… ah comme j’aimerais y aller au moins une fois…

    Lucille nous offre un voyage à Venise, avec la magie du carnaval, le côté fantastique, le faste, la célébrité. Mais également ces côtés plus sombres comme la jalousie, l’envie, la mort.

    Une plume pleine de légèreté qui nous fait voyager et avec laquelle nous n’avons aucune difficultés à nous immerger totalement dans le décor qui nous entoure.

    Une plume à découvrir si vous ne la connaissez pas encore.

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