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Déviations, de Colin Vettier : Samantha (Extrait en ligne)

La déviation est une perception erronée de la réalité. Tous les personnages de ce recueil voient le monde au travers de leur déviance – qu’il s’agisse d’une collégienne commettant un carnage dans son école, de jeunes femmes surprenant la secte de la Gaîté en pleine action, d’un tueur désabusé, d’un père de famille violent ou encore du businessman riche et célèbre…
Avec Déviations, Colin Vettier signe un recueil satirique aux frontières de l’horreur de notre société actuelle.

 

Samantha (Sang d’encre)

 

Moi c’est Samantha. Sam’ pour les intimes. J’ai 13 ans, et je hais le monde entier. Je suis une fille banale, sans histoire. Je ne suis ni belle ni moche. Ni agréable ni ennuyante. Je suis transparente. Les garçons ne me regardent pas et les autres filles m’ignorent.

J’ai 13 ans et ma vie est merdique, sans intérêt et bourrée d’ennui. Laissez-moi vous raconter mon histoire. Pas du début, d’abord parce que j’m’en souviens pas, et ensuite parce que c’est pas intéressant. J’veux pas vous ennuyer avec des trucs sans importance. De toute façon, qui ça peut bien intéresser, les soucis d’une gamine de 13 ans ?

*

« Elle était assise là, recroquevillée, la tête entre les genoux. Je crois qu’elle pleurait. Elle pleure souvent. Vous savez, pour ses camarades, elle est insignifiante. C’est difficile à endurer pour une ado’. » Il exhale la fumée de sa cigarette. Le jeune garçon est assis, les fesses sur le dossier d’un banc. Il regarde ses baskets, et évite de croiser le regard de son interlocuteur. Du haut de ses 14 ans, sa vision du monde se limite à sa paire de Converse® et à quelques filles.

« Comme toutes les filles de notre âge, elle a ses problèmes. La vie lui semble injuste. Ses parents ne sont rien d’autre qu’une paire de vieux cons qui passe leur existence à lui gâcher la sienne. » Il soupire puis esquisse un léger sourire narquois.

« Oui je la connaissais. On est dans la même classe depuis le début du collège. »

« Bien ? Pas tellement. Vous savez, c’était une fille plutôt timide. Et un peu moche. Pas le genre de fille qui intéresse les mecs, si vous voulez mon avis. »

*

Dans les couloirs du collège, tout est calme. La lumière pénètre par les fenêtres salies d’innombrables traces de mains. L’air est chargé de petites particules. Les salles de classe sont vides. Le rire d’adolescents indisciplinés y résonne encore. Au tableau, des inscriptions maladroites à demi effacées.

Tout semble figé. Les chaises sont telles qu’elles ont été laissées par les élèves. Quelques petits bouts de papiers maintes fois pliés traînent sur les pupitres. Dans quelques classes, un livre est encore ouvert sur le bureau du professeur. Aux murs défilent des planches d’anatomies, des cartes de différents pays, ou encore des dessins réalisés d’une main maladroite.

Un oiseau se pose sur le rebord de la fenêtre. Il gazouille quelques secondes avant de reprendre son envol. Dehors, le soleil d’automne filtre entre les branches, éclairant doucement la cour de récréation. Les arbres ont bruni, et les feuilles mortes jonchent le sol. Une légère brise les soulève, les faisant virevolter alentour. Un papier gras, tâché de chocolat est porté jusqu’à la grille de l’établissement. Une bourrasque le colle contre de lourdes bottes noires.

Un policier en uniforme se débarrasse du détritus d’un mouvement du pied. Derrière lui, de l’autre côté de la cour, les portes de l’école sont barrées d’un scellé jaune et noir. Un journaliste lui braque un micro sous la bouche.

« J’me fous de votre carte de presse. Vous dégagez, c’est tout ! »

Le journaliste et son caméraman s’éloignent, pour faire des prises de vue quelques mètres plus loin. Devant eux, un collège de province qui semble parfaitement normal. Les murs de ciment gris suintent de violence. Dans le ciel, les nuages se précipitent, défilant rapidement au-dessus du toit de l’établissement.

L’air se charge d’électricité, comme si une puissance surnaturelle avait investi les lieux.

*

« Que voulez-vous que je vous dise ? » lâche-t-il dans un soupir. De taille moyenne, l’homme est légèrement bedonnant. Il arbore une épaisse moustache.

« C’était une élève moyenne. Sans remous, très calme. Elle ne bavardait jamais pendant les cours. » Il marque une pause. « Elle ne risquait pas, c’était une enfant très solitaire. Ses camarades la rejetaient plus ou moins. »

« Plutôt plus que moins d’ailleurs » ajoute-t-il en lissant sa moustache.

« Non, cela n’a rien d’inquiétant. Rien dans son comportement ne pouvait permettre de prévoir ce qu’il s’est passé. C’est le propre de l’adolescence d’être ingrate. Vous imaginez bien que si tous les collèges devaient se préoccuper des adolescents malheureux, nous ne ferions plus cours ! Et puis, je suis Principal, pas psychiatre. »

« Oh, les États-Unis, vous savez… c’est un autre monde. Ici, nous sommes en France. Nous n’avons pas ce genre de soucis. » Sa voix tombe, lourde de sous-entendus. Il tend la main vers une tasse de café encore fumante.

« Maintenant, j’ai tout un établissement en état de choc. »

« Effectivement, une cellule de soutien psychologique a été ouverte. Je ne sais pas si cela suffira à panser le traumatisme dont souffrent certains élèves ou professeurs. Le temps nous le dira. »

*

Les sirènes retentissent devant le collège Charlie Chaplin. Une nuée de gyrophares éclairent la scène de rouge. La tension est palpable, écrasant tout alentour. Les portes à l’arrière des divers véhicules rouges et blanc s’ouvrent à la volée. Des pompiers, brancards et bouteilles d’oxygène en renfort, jaillissent hors des véhicules. Les hommes en uniformes se rangent devant les grilles de l’établissement. Un grand homme, portant trois galons à son uniforme, crie des instructions.

« On n’intervient pas tant que le GIGN n’a pas sécurisé le terrain. C’est malheureux, mais c’est comme ça ! » Il regarde les hommes placés sous ses ordres. La plupart sont de fiers gaillards, tout en muscles et au service de leur prochain.

« Des questions ? Non ? C’est bien ce qu’il me semblait. Alors, vérifiez le matériel : dès que les bleus nous font signe, on fonce. »

Plusieurs ambulances, sirènes hurlantes, font crisser leurs pneus quelques mètres en arrière. Des hommes en blanc bondissent des camionnettes blanches et bleues pour aller rejoindre les soldats du feu.

Quelque part dans l’un des camions, un récepteur radio crache des parasites. Le capitaine se penche dans le véhicule pour saisir un émetteur.

« Ici la brigade d’intervention delta delta. À vous.

— Ici le Capitaine Kaufman, unité de combattant du feu. Je vous reçois 5/5. Nous sommes en position devant le collège Charlie Chaplin. Attendons votre signal pour déploiement.

Maintenez la position jusqu’à nouvel ordre. »

Encore, attendre. Attendre quoi ? Que la situation dégénère ? Qu’il n’y ait plus que des cadavres à peine tièdes à ramasser ?

« On attend encore ! » lance-t-il à ses hommes.

*

« Oui, Samantha, c’est ma grande sœur. » L’enfant se tortille, intimidée. Ses boucles blondes lui tombent sur le visage.

« J’ai neuf ans. Et demi ! » Elle marque une courte pause. « J’ai trois ans de moins que Sam’ ! »

« Non, elle aimait pas l’école ».

« Hé bien parce que tous les gens ils arrêtaient pas de l’embêter. Même que un jour, hé ben, y’en a une qui lui a collé un chouine gomme dans les cheveux. On été obligé de lui couper plein de cheveux. Elle a beaucoup pleuré. Maman aussi a pleuré. Elle se cachait le visage, mais je l’ai vu. Alors j’ai pleuré aussi. »

« Maman elle voulait envoyer Samantha voir un psy. Mais Sam’ elle voulait pas. Elle disait que elle, elle avait pas de problème, que c’était les autres qui en avaient. Après elle allait s’enfermer dans sa chambre pour écouter de la musique très fort. »

« Je sais pas si c’était Marilyn Manson. C’était du hard rock. »

*

Un homme musclé, le crâne rasé, se tient droit comme un piquet dans son uniforme bleu nuit. Devant lui, une assemblée de ses semblables. Seule différence, il est gradé, eux ne le sont pas.

Chacun des hommes qui lui font face porte un fusil d’assaut en bandoulière. À leur ceinture, des grenades aveuglantes et des fumigènes. Un masque à gaz pend sur chacune de leur poitrine.

« Vérifiez vos armes ! » hurle le commandant.

Ils s’exécutent.

« Chargez-les. Je veux une balle dans la chambre de chacune de vos armes ! Vous devez être prêts à tirer. »

À nouveau, ils obéissent. Dans le hangar résonnent les bruits métalliques de fusils que l’on arme.

« Les pompiers sont déjà sur place. Ils n’attendent plus que nous. On rentre, on fait le ménage, et on leur laisse la place ! » En guise de point d’exclamation, il charge son arme avec hargne. Il la lève au-dessus de sa tête, « au risque de vous répéter ce que vous savez déjà, ça, ça s’appelle dernier recours. Vous ne tirez que pour sauver la vie d’un civil, et si possible dans l’épaule de l’agresseur. » Il baisse son fusil. « Vous, vous êtes équipés pour survivre aux balles et aux attaques à l’arme blanche. Alors on utilise la matraque, les pieds et poings, et les fumigènes si c’est nécessaire. »

L’officier marque une courte pause. « Sauver des vies au mépris de la sienne. C’est une belle devise, à nous de lui faire honneur. »

« Go ! »

Tout le régiment se met en branle pour se précipiter dans les véhicules d’intervention.

Les portes du hangar s’ouvrent. Trois cars en jaillissent, sirènes hurlantes. Ils slaloment entre les voitures qui peuplent les rues étroites d’une petite ville de banlieue.

*

« Bien. Tout le monde se tient prêt. La cavalerie est en route. »

Devant le pompier capitaine, la foule en uniforme s’agite.

« Une fois qu’ils sont dedans, je ne veux personne à découvert. Il risque d’y avoir suffisamment de blessés à l’intérieur, alors évitez de vous prendre un retour de gaz ou une balle perdue. On ne sait jamais si ces gars vont se mettre à jouer aux cowboys. »

Au fond de la rue, trois cars apparaissent, roulant à toute vitesse.

« À couvert ! » hurle le pompier.

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À force de regarder des films fait de bricolages plus ou moins malheureux et d’histoires parfaitement aberrantes, je me suis dit « pourquoi pas moi ? ». Voilà ce qui m’a donné envie d’écrire et de persévérer : des déjantés filmant des insultes au bon goût, une belle bande de tarés-et-fiers-de-l’être.

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2 Comments

  1. Il y a des sons, des odeurs, des couleurs, qui sont peints sans grandiloquence, sans tentative d’en mettre plein la vue. Dans ce recueil de nouvelles, les intrigues sont conduites presque tranquillement, comme si tout cela coulait de source, finalement. Comme si tout était normal, au moins au départ, puis peut-être un peu moins normal, puis encore moins… Les tensions montent peu à peu, ligne par ligne, insensiblement, puis un peu plus sensiblement. Puis douloureusement…

    Car ces nouvelles sont violentes. Un fait divers sanglant dans une école, des adeptes d’une secte inquiétante dans un bâtiment désaffecté, une mannequin qui doit rester maigre quelle que soit la méthode, un jeune homme qui fait de la musculation avec une idée en tête, une émission télé racoleuse qui échappe à son animateur, une histoire d’amour qui finit curieusement… La fin du recueil comporte quelques pépites plus légères, voire amusantes. On se prend même à soutenir Dieu, je ne vous dis que ça, mais c’est vous dire…
    En tout cas le titre du recueil est bien choisi. Le mieux, dans Déviations, est de se laisser s’y perdre.

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  2. Déviations est un recueil comme on les aime: sous un thème commun est regroupé douze nouvelles aussi variées que bien écrites.
    Samantha: la banalité d’une collégienne peut dissimuler bien des travers
    Sourire de vivre: des retrouvailles entre anciennes camarades de classe qui ne se passent pas comme prévu
    Maigre: les travers du mannequinat
    Crise de foi: les réminiscences d’un tueur à gage au chômage
    Notre père qui êtes odieux: la volonté de changement d’un enfant battu
    Divertissement: que se passe-t-il lorsque l’on pousse l’invité d’une émission à bout ?
    Pour une poignée de fayots: la vie haute en couleurs d’un chef de cuisine
    Nouveau départ: les aventures d’un homme dans un univers post apocalyptique
    Mes ruptures expliquées à ma grand-mère: un récit rafraîchissant sur les différences générationelles
    À l’amour: une vision de l’amour assez crue
    Mon cher patron: ce que votre patron pense réellement de vous
    Obsédé: découvrez les pensées d’un jeune homme
    Les situations sont traitées sans faux semblants, certes avec défaitisme parfois mais cela est l’intérêt de l’oeuvre. Les situations rocambolesques ajoutent de la légèreté.
    Si le ton est parfois cru (certaines scènes sont décrites avec beaucoup de détails), l’écriture est excellente.

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