Publicités

Commencez à lire l’amour est un dialogue, de Delphine Ciolek

Une femme et trois hommes, dont on ne saura pas le nom. Trois couples qui se font et se défont au rythme d’une bande sonore livrée par l’auteur : rock psychédélique, nouvelle chanson française et afro-beat, donnant ainsi le ton aux chapitres. Construit sur un schéma ternaire (la rencontre, la vitesse de croisière et la séparation), le texte se veut « nouvelle d’apprentissage » et illustre l’éclosion d’une femme du XXIème siècle.

Chapitre 1 : La muse

 

L’amour avec toi était un dialogue artistique.

Sur un air de Syd Barrett, Terrapin (album The Madcap Laughs)

1.

Septembre, la rentrée des classes, préparatoires en l’occurrence. Une nouvelle ville, une nouvelle vie qui commençait. Loin de la famille, des amis du lycée. Avec pour objectif, le concours deux ans plus tard. Je découvris la vie en communauté à l’internat, la solidarité entre élèves de galère biologique, géologique, physique et chimique.

Je n’ai pas de souvenir précis concernant notre rencontre, tu te trouvais sans doute confondu dans la masse des internes de deuxième année. Votre groupe nous fit un accueil bienveillant, vivant. Nous nous sentîmes bien entourés, accueillis dans ce monde mystérieux de l’après-baccalauréat. Je ne te remarquai qu’après deux semaines environ.

On te surnommait « Poète » dans l’entourage scolaire, ce qui m’intrigua dès lors que je l’appris. Qui étais-tu exactement pour mériter cette appellation parmi tes camarades ? Surtout dans une section scientifique ? Je me rapprochai de toi par curiosité en premier lieu, voulant savoir à quoi pouvait bien ressembler un proclamé littéraire en herbe. Tu m’accueillis volontiers, d’une façon naturelle, l’ego peut-être légèrement regonflé, me proposant un soir de me lire une de tes productions. Tu choisis un long poème, le déclamas avec tant de vigueur que tes voisins cognèrent contre la cloison qui vous séparait. Quelle emphase, quel souci du rythme ! L’expérience fut agréable pour chacun de nous deux apparemment, et tu la renouvelas bientôt. Je pris goût à ces rendez-vous nocturnes, à t’écouter dans la pénombre, sagement assise sur ton lit, souriant de tes gesticulations autour des meubles, surjouant le grand orateur à sa tribune. Ton surnom t’allait vraiment comme un gant.

Nous échangeâmes ensuite des heures durant, sur les sonorités, les effets qu’elles provoquaient à nos oreilles, les sentiments qui s’en dégageaient. Nous étions entourés de mots. Nos rendez-vous furent de plus en plus réguliers, nos conversations dépassèrent le stade de l’écriture pour dériver vers d’autres domaines artistiques, le cinéma et la musique. Les sonorités vaporeuses fusionnaient dans l’éther psychédélique. La voix douce et les mélodies de Syd Barrett contribuaient à cette atmosphère envoûtante et ouatée. Le temps se suspendait. Rien qu’une promenade au jardin botanique de la Pépinière donnait lieu à des élucubrations sans fin autour du velouté de la corolle pourprée d’une fleur de digitale, le vert apaisant et pervers des plantes carnivores…

Et finalement, ce à quoi je ne m’attendais pas du tout se présenta : tu avais pris une vraie place dans ma vie et je remarquai que tu commençais à me manquer lorsque nous partions chacun de notre côté le week-end. Je fus presque forcée de reconnaître que je tombais amoureuse de toi. Et je te vis d’un autre œil à partir de ce moment : je fus sensible à ton allure, ton sourire, ton air mutin, aspects qui ne m’avaient jamais frappée jusqu’alors. Je te trouvai beau.

Pour poursuivre votre lecture, rendez-vous sur Youboox !

Besoin d’aide ? Lecture gratuite avec Youbooxlecture par abonnementlecture sur PCapplicationsFoire aux questions

Née en 1980 à Metz, Delphine Ciolek aurait pu mener sa barque en Lorraine, mais l’appel de la mer, qu’elle découvre à dix ans sur les côtes bretonnes, se fait de plus en plus fort. Elle part étudier à Rennes, puis s’envole au Québec et à Paris avant de se fixer à La Réunion, où elle officie dans le monde de la pêche.

Cliquez ici pour découvrir sa bibliographie (et bien plus encore !)

3 Comments on Commencez à lire l’amour est un dialogue, de Delphine Ciolek

  1. L’amour, on en parle souvent, et on pourrait croire qu’on en a tout dit. C’est un moteur de l’art. Mais dans « L’amour est un dialogue », Delphine Ciolek fait parler l’amoureuse, plus que l’amour, dans un texte intimiste, une quête initiatique qui se fait à deux. Avec « l’Amour est un dialogue », nous voyons à travers trois exemples comment l’autre peut enrichir le moi. De fait, si la chanson dit que « Les histoires d’amour finissent toujours mal, en général », on peut dire que ce n’est pas forcément un mal, car ça nous fait grandir.

  2. Merci aux Éditions l’Arlésienne pour ce service presse et pour leur confiance ❤

    Dans cette nouvelle, le dialogue est absent, mais avec une plume fluide, ça ne gêne en rien la lecture et la compréhension. L’auteur nous expose à travers ses trois chapitres, les trois histoires d’amour très différentes d’une jeune demoiselle mais qui lui permettent de devenir la femme qu’elle est.

    Afin d’être plus proche de la jeune demoiselle, l’auteure nous propose une bande son pour chaque chapitre. Je vous conseille de vous en servir car je trouve que c’est un très bon choix, et pour ma part, une agréable découverte.

    Note : 4/5

  3. L’amour est un dialogue présente trois histoires d’amour. Chacune propose une vision différente de la femme tantôt « muse, amante ou compagne de voyage « . Les trois nouvelles sont différentes (chacune donne à l’héroïne un nouveau rôle dans le couple) mais toutes s’interrogent sur la place du dialogue dans les relations amoureuses.

    Les situations sont communes: elles pourraient concerner chacun(e) d’entre nous. De plus, nous avons tantôt des étudiants tantôt des adultes actifs. L’intérêt de cette oeuvre réside dans le fait qu’elle soulève des questions que l’on s’est tous / toutes posées un jour.

    Le ton est léger quoique teinté de mélancolie et l’écriture si elle est accessible, a une dimension poétique.

    Au final, de quoi dépend l’amour ? Découvrez vite la réponse.

Laissez vous-aussi un commentaire !

%d blogueurs aiment cette page :