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Interview d’Ophélie Giordana : « J’ai avalé une clef de sol »

ophélie Giordana écrivain autrice france fantastique littérature nouvelles jeune talent Nice l'arlésienne maison d'édition numérique france ebooks gratuitsBonjour, Ophélie, et merci d’avoir accepté de répondre aux questions de l’Arlésienne ! De quoi parle ta nouvelle « J’ai avalé une clef de sol » ?

Il a toujours été difficile pour moi de résumer justement un travail. Je pense que ce sont les détails qui font une œuvre. Toutefois, il serait dépourvu de sens de transmettre l’idée générale d’une œuvre par ses détails, n’est-ce pas ?

Ma nouvelle décrit les combats d’un talentueux musicien russe qui se démène pour trouver la mélodie parfaite, la mélodie qui l’expédierait au panthéon des plus grands. Notre musicien est fasciné par les sons et couleurs des mélodies et y est profondément dévoué.

À chaque fois que je relis cette nouvelle, je me rends compte que mon inspiration vient bien de quelque part, puisque je suis convaincue que beaucoup d’artistes sont prêts à tout pour achever leur travail, au prix de se perdre dans ce processus. Quand je me réfère à de grands poètes ou grands écrivains, de purs génies, je pense surtout à un ouragan de folie qui les aurait frappés. Je pense qu’il faut être un brin irrationnel pour croire en ses projets sans flancher et ne pas se laisser paralyser par le manque d’inspiration.

À quelle occasion as-tu écrit ce récit ?

J’ai écrit ce récit, à l’origine, pour un concours de nouvelles auquel je participais lorsque j’avais dix-neuf ans. Je n’ai rien gagné, et je n’ai pas non plus connu mon classement, mais du moins cela m’a permis de me dépasser et de fournir le meilleur de moi-même. Comme ce récit est le fruit de l’écriture automatique, cela m’a permis d’explorer d’autres techniques d’écriture ainsi que de réaliser de quoi je suis réellement capable. Notamment, le fait de ne pas avoir de véritable trame d’écriture m’a déchargé d’un poids considérable puisque l’écriture n’était pas retenue par les filets de la plus parfaite des organisations. Construire un plan prend du temps, et demande un certain temps de réflexion, qui peut être autant des jours que des années.

En relisant ma nouvelle plusieurs mois après, je la trouvais assez pertinente, c’est pourquoi j’ai décidé de la soumettre aux éditions l’Arlésienne qui m’inspirait confiance.

Ta nouvelle s’inscrit dans un univers semblable à la littérature russe. Par quoi tes choix esthétiques ont-ils été guidés ?

J’ai un certain style d’écriture, que je pourrais qualifier de langage du détail, si je devais lui donner un nom. J’ai été formée au lycée à apprécier l’histoire de l’Art et à appliquer ce que j’apprenais en réalisant des travaux artistiques. Non seulement j’ai suivi des cours d’arts plastiques et visuels, mais je faisais également partie d’un atelier quand j’étais enfant.

Je suis convaincue que chaque détail le plus infime, qui est autant esthétique qu’une pièce maîtresse, fait partie d’un ensemble plus grand que l’on peut comparer à une toile de peintre. C’est l’ensemble de détails qui forme et transfigure une œuvre, et c’est en prenant du recul sur cette mosaïque de détails qu’on la comprend. L’œuvre est la face cachée de la montagne, qui émerge lorsque toutes les conditions météorologiques sont positives : lorsque tous les petits détails sont assemblés.

Un auteur peut avoir le plus fantastique scénario du monde, mais son œuvre sera médiocre s’il ne le saupoudre pas de détails qui font écho à sa personnalité. On peut prendre pour exemple une atmosphère atypique ou des personnages intéressants à la personnalité forte ; ou encore des détails infinitésimaux tels que la fumée se tordant et planant au-dessus d’une tasse de café.

C’est justement pour cet amour du détail que j’ai pensé à l’univers russe. À dix-neuf ans, j’ai eu une révélation en voyant le film Anna Karénine de Joe Wright. J’étais fascinée. L’aristocratie russe est remplie de détails esthétiques, je pense autant aux objets quotidiens et aux accoutrements qu’aux manières de la Cour. J’ai alors commencé à m’intéresser à Tolstoï et à son univers, ainsi qu’à combiner extrait de textes ou films autobiographiques dans mes recherches. J’essayais de m’imprégner de l’atmosphère.

« J’ai avalé une clef de sol » s’inspire-t-elle d’un récit, d’une histoire ou d’un fait particulier ?

Le thème me renvoie toujours à l’inspiration de l’artiste. Je pense qu’au fil des décennies on n’a jamais cessé de se demander d’où venait l’inspiration, et la plupart du temps on tend à dépeindre l’artiste comme un homme torturé qui se perdrait dans son travail et deviendrait fou, ce qui n’est pas toujours le cas fort heureusement ! Mais l’inspiration est toujours vue comme un Saint Graal alors que je ne suis pas certaine que tous les artistes attendent de trouver l’inspiration pour se mettre à l’œuvre. La plupart du temps, on force la main à l’inspiration. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait en choisissant la technique de l’écriture automatique.

Cette nouvelle a-t-elle des ressemblances avec des éléments de ta vie ?

Non, pas particulièrement, mais je dois dire que tous les choix esthétiques me sont propres : la galaxie russe, la dimension artistique fournie en détails tels que la lumière, les objets entourant les personnages, ou les différents accoutrements. Même les humeurs sont empreintes d’une certaine esthétique et font partie de mon tableau. La recherche de l’inspiration que je décris dans la nouvelle fait aussi partie de mes combats.

Par ce récit, qu’as-tu souhaité exprimer ? Ton récit a-t-il un message particulier caché ?

Ce récit est l’œuvre de l’écriture automatique ; c’est surtout pour cela que mon travail ne contient pas de message particulier. Mais cela ne signifie pas qu’un récit sans intention ou message caché ne contient aucun intérêt. Parfois l’aspect esthétique est suffisant, et peut-être même que mon récit a fait émerger un message caché que seuls les lecteurs peuvent interpréter en fonction de leurs propres expériences : un message que je ne verrais pas ou que j’interpréterais différemment. Parfois il peut être plus intéressant de lire un récit et y trouver un message en fonction de son expérience personnelle plutôt que de compter sur l’auteur pour nous aider à déchiffrer notre univers. Parfois il est préférable de trouver soi-même notre message personnel. Je pense que c’est ça le véritable travail d’un auteur, permettre aux lecteurs de réfléchir sans imposer une réflexion.

Merci pour tes réponses ! À bientôt pour une prochaine nouvelle 😉

Blackout. Oublis. Des ombres dessinées par les objets dans la pénombre. Nicolaï est un jeune russe happé par l’ambition de trouver la mélodie idéale, celle qui le consacrera au panthéon des plus grands, mais ses moments d’absence inquiètent de plus en plus sa femme. Ne serait-il pas en train de se perdre dans un labyrinthe, sans clefs pour s’en libérer ?

Je sentis soudain la main de ma femme sur mon épaule. Lena avait vraiment ce visage émacié, et cette peau si alpestre qu’elle s’avérait fortement repoussante. Pourtant, malgré cette dureté apparente que j’abhorrais, elle était l’inspiration de ma musique : quand sa main se posait sur mon épaule, je sentais une clef de sol glisser de sa paume et s’étirer sur mon épaule avant de se déposer dans mon cœur.
Elle me murmura :

« Mon Nicolaï, tu te donnes bien du mal pour réaliser ta musique… »
Mais je ne l’entendais qu’à peine. Je sentais le souffle de ses lèvres près de mon cou, mais c’était tout.
Ce fut pendant que je buvais mon café à petites gorgées qu’elle arriva… la tortueuse mélodie que tout le monde craint : la musique. Elle se traîna vers moi, cette sinueuse petite créature, puis elle posa ses longs doigts squelettiques sur mon épaule et fit arrêter le temps. C’était une créature immonde, vaporeuse ! Je savais que je ne devais pas l’écouter, mais le chant des sirènes est toujours plus puissant que la raison humaine.

 

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Ophélie Giordana est passionnée par la culture celtique. Née de parents enseignants, elle a appris que la littérature, les voyages façonnent l’esprit et que le nouveau monde n’est pas nécessairement enseigné dans les manuels scolaires. Ophélie est née à Cannes, la ville des étoiles, le 31 juillet 1996 : c’est pourquoi elle a essayé de façonner son quotidien pour le transformer en nébuleuse.

Elle compose ses premiers récits à l’âge de 13 ans. La littérature la passionne, notamment la littérature anglaise qu’elle étudie au lycée. C’est à cœur ouvert qu’elle entreprend chacun de ses projets, avec l’ambition de ne pas décevoir à la fois elle-même et les autres. Ophélie est également passionnée par les arts plastiques et visuels. Elle a participé à de nombreux concours de dessins, et certains de ses proches lui conseillèrent de ne pas abandonner cette passion. C’est aussi pour cela que son écriture s’appuie sur un certain langage du détail, en important une place de choix à la scénographie dans chaque scène : les livres sont semblables à des tableaux, le choix des pigments est aussi important que le motif.

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