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Tout ce que le vieux fait est bien fait, de José Herbert (Extrait en ligne)

En des temps forts reculés, le père Aldelin est un pauvre bougre malmené par sa société. Par chance, sa femme le soutient malgré tous ses malheurs, et proclame à chacune de ses mésaventures que « Tout ce que le vieux fait est bien fait ».
S’en suit un pari avec les compères Barnabé, Herlemond et Grégoire. Le but ? Qu’Aldelin multiplie les galanteries et autres comiqueries. Chiche que sa vieille n’y trouve qu’à répondre son célèbre adage ! Le gain ? Un sac grand comme une bourse, et rempli d’écus d’or.
Mais attention ! Car dans ce pari, chacun y cherchera son intérêt, et que tel sera cocu celui qui croyait prendre !

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Je mets en votre jugement

Si ma bouche dit vrai ou ment.

 

Finalement, le quart âge vient après le tiers âge. C’est la vérité ! Quand l’homme et la femme commencent à décliner et à diminuer en perfection, c’est le quart âge, c’est le temps qu’on appelle « Vieillesse », qui dure tout le restant de la vie sur terre.

Le père Aldelin s’adressait souventes fois à Dieu, quand il passait à proximité de la petite chapelle en son village de Gardincourt.

— Seigneur, je suis présentement homme de grand âge et de grande science. Mais si j’ai failli durant toute ma vie, donne-moi le cœur et le courage de me purger présentement. Et garde-moi, en ma vieillesse, une épouse sainte, tant bonne, tant saine, tant amoureuse et tant sage.

Il était exigeant, le père Aldelin. Il se disait vieux, mais il ignorait sa date de naissance, son âge, il savait juste qu’icelui était grand, mais n’avait que peu de souvenances de ce temps où, muni de semelles de bois aux pieds, il glissait avec les gamins de sa rue sur les étangs gelés des alentours. Puis plus tard ce furent les dures années passées aux travaux des champs et de la ferme, dès le printemps, labours, semailles, récoltes, et, en hiver, au filage du lin et du chanvre dans les caves, boves froides et humides creusées à même l’argile jaune que l’on mêlait aussi à la paille sèche pour monter ensuite les murs de pisé des bâtiments. Avec ses petits doigts, il poussait la navette et fabriquait, c’était sa compétence d’enfantelet, les petites pièces, mouchoirs et torchons, revendus ensuite par son père au parmentier. Quelques lustres plus tard, il jeta son dévolu sur une mignonne jouvencelle, Jehanne. Lors des réjouissances du premier mai, il déposa une branchette de chêne, qu’il était allé quérir au bois, sur le rebord de la fenêtre de l’élue, hommage d’amour, ainsi qu’il était de coutume depuis très longtemps, pour s’attirer les regards et les grâces de la gente damoiselle. Mai de chêne, je vous aime. Mai de core. Je vous adore. Jehanne sourit en découvrant la branchette et apprécia la demande. Elle avait prié pour qu’il en soit ainsi. En fait, elle l’espérait, l’attendait, craignant par-dessus tout découvrir au petit matin, plutôt que le chêne, un rameau de peuplier, de cardonnette ou de sureau, signes certains de moquerie, de mauvaiseté et de risée de la part de ses amies.

Aldelin épousa donc la meilleure dame que l’on pût trouver en ce monde, Jehanne. Ils n’eurent compagnie charnelle que le soir des noces, pas avant, qui furent honorablement célébrées, en grande solennité. Ils vécurent heureux puis plus tard Jehanne lui donna 8 enfants, dont trois seulement survécurent, Ameline, Giboin, et Taillefer. Cependant, à l’adolescence, Ameline eut un jour d’hiver des fièvres suivies de froidures, des frissons comme peau de poule et rendit l’âme, malgré les potions de Dame Hersent. On retrouva Giboin dans un fossé près d’un bordeau, le foie percé par la lame d’une dague, écouillé tel un eunuque gardant les pucelles. Taillefer, le plus jeune, voulut venger son frère. Il disparut et onc ne le revit de toutes les années. Aldelin et Johanne eurent grande douleur. Mais il est certain qu’icelle douleur ne dure, sait-on ! Tant angoissante fût-elle, elle s’adoucit dès le tiers jour, déjà. L’oubli peu à peu s’installa, causé par les années et le labeur. Et puis, petit à petit, année après année, Aldelin perdit sa jeunesse, sa beauté, sa force et ses souvenances, tandis que sa femme Jehanne au contraire durait.

Vieux ! Las ! Il devint vieux. Vieille chair ! Vieille peau ! Vieux os ! Vieux organes ! Le vieux s’usait petit à petit comme les cordes des pendus à Montcastel.

Le foie d’abord, logé côté dextre, que l’on palpe des doigts sous les fausses côtes ! L’organe devenait dur comme les cailloux du chemin. À ce propos l’on racontait dans les tavernes de la ville qu’un jour un manant sacrifia sa vieille mère et se régala du foie, qu’il cuisina avec les herbes de son courtil, persil, bourrache, mélisse. Cette pensée désagréable saisit le vieux et fit qu’il prit une profonde inspiration, puis il toussa et cracha de l’écume rosâtre. Les siens poumons, de froide nature, assis près du cœur dont ils prenaient la chaleur, se sclérosaient. Le catarrhe descendait de la tête, échauffait le foie, chargeait le cœur, alourdissait l’estomac, étouffait les entrailles, et altérait tout le corps du pauvre homme.

— Les mires sont tous des incapables, dit un jour le père Aldelin.

Ce fut à la suite d’une consultation chez Hugues de Montrécourt, mire médecin, physicien et apothicaire réputé, qu’icelui tint le langage de vérité.

— Les intestins sont des boyaux destinés à bouter hors les fluidités fécales ou la merde, dit l’homme de l’art. Le nombre d’iceux intestins est six, trois grêles et autant de gros. Pour ton ennui Aldelin, voici la recette. Prends la racine d’un chou et la baigne dans l’huile d’olive, puis l’enfonce bien loin en ton fondement avec une seringue. Ensuite tu chieras moult comme un canard et tu seras guéri.

Tous les organes du père Aldelin dépérissaient, s’atrophiaient comme les prunes sous le soleil de la bonne ville d’Agen. Son estomac ne supportait plus son plat préféré, le pâté d’anguille. Son cœur, qui est, dit-on ordinairement, le commencement des veines, fatiguait et hâtait le sien pouls. Ses vertèbres se disloquaient. Ses articulations se rouillaient. Sa peau se fripait comme un drap de lit pendant l’amour. Ses cheveux tombaient par poignées. Ses yeux le trompaient, ses oreilles mêmement.

Pourtant, il existait un organe qui échappait au désastre et qui lui donnait souventes fois grand plaisir, autant que lorsqu’il fut jeune et vigoureux. Un seul organe, de tout son corps, qui ne vieillissait pas ! Il s’agissait de la sienne verge, que d’autres bien informés en ce pays appelaient vit, guilleri ou encorependeloche ! Car malgré son grand âge, le vieux avait des désirs concupiscents, des picotements dans les braies, des pensées coquines, qui gonflaient bellement sa brayette. Point n’était besoin, comme certains vantards le faisaient, d’y loger une pomme à mûrir, une pierre ou un coussinet de laine ! Sur la place du marché où il avait ses tréteaux, chaque semaine, il prenait plaisir à regarder les dames qui riaient, damoiselles, bourgeoises, filles et pucelles, dont les robes moulaient gentiment les fesses, dont on devinait la nudité sous le bliaud. Plusieurs fois il n’avait pu se retenir. Ses mains, pourtant arthrosiques avaient palpé les étoffes, les chairs molles et odorantes qui passaient à proximité de son étal.

— Doulce princesse, que me donnes-tu en échange d’un panier d’œufs de géline ?

 

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José Herbert fut directeur d’école et secrétaire de mairie dans une autre vie. A la retraite il se lance dans l’écriture et sort cinq romans aux éditions ATRIA, deux témoignages et trois romans tout à fait burlesques. Car José Herbert revendique l’étiquette « écrivain du loufoque », la loufoquerie étant un mélange subtil d’humour, de dérision, de cynisme, qui met en scène des personnages hors normes et des situations bouffonnes et déjantées. Ses romans pourtant sont calqués sur des situations réelles, pimentées d’une touche historique, notamment médiévale, puisqu’il fut jadis chercheur passionné en histoire locale.

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