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Votre corps me va si bien, de JC James (Extrait en ligne : Chapitre 5)

Comment avait-il pu être aussi naïf ? Comment avait-il pu un seul instant penser que ces gens l’employaient par pur humanisme ?
Quel imbécile, quel idiot il faisait !
Il se trouvait à présent dans un coin paumé de l’Europe de l’Est, à quelques heures de transférer le machiavélique cerveau d’un riche cinglé dans le crâne d’un parfait inconnu. Quelles allaient être les conséquences de cette intervention révolutionnaire si elle réussissait ?
Qu’avait en tête ce groupuscule qui agissait dans le secret ? Et surtout, comment pourrait-il, lui, se sortir de ce guêpier ?
Le docteur Marc Kloënsberg, célèbre neurochirurgien, s’en voulait d’avoir quitté précipitamment New York quelques mois plus tôt. La proposition de ce scientifique allemand lui était alors apparue plutôt séduisante et tellement arrangeante…
À vrai dire, elle tombait à point nommé. Sa vie personnelle ressemblait alors à un énorme chaos : sa future femme venait de mettre les voiles sans raison apparente, son patron l’avait brusquement congédié et, pour clore le tout, la police criminelle le persécutait…
Tout le poussait à fuir le pays. En acceptant cette sordide proposition, il allait pourtant, sans le savoir, déclencher un véritable cataclysme.

Kerres, samedi 14 juillet 1990.

Camille était restée là, les bras ballants, devant la surprenante annonce du Dr Varsted. Ce scientifique devait être un fou furieux bon pour la camisole, mais c’était quelques fois grâce à des personnes comme lui que la médecine progressait. L’expérience devait compter deux phases : la première animale, la seconde humaine. Comme l’avait précisé le médecin, la difficulté majeure serait liée au temps. Ils disposeraient d’environ cinq petites minutes pour réaliser le transfert, au-delà desquelles, le cerveau serait inévitablement et définitivement lésé, faute d’oxygène.

Une expérience similaire avait d’ailleurs déjà été tentée aux États-Unis dans les années 70. Comme souvent dans les grandes premières chirurgicales, « le cobaye », en l’occurrence un gorille, n’avait survécu que quelques jours. Camille connaissait parfaitement tous les détails de cette intervention pour en avoir fait le sujet de sa thèse. Le médecin allemand l’avait d’ailleurs remarquée à cette époque et s’était mis à surveiller l’évolution professionnelle de cette jeune femme très prometteuse. Son grand talent, son investissement personnel total avait fini par le convaincre que c’était le neurochirurgien qu’il lui fallait pour mener à bien son projet.

*

Cela faisait maintenant quelques semaines qu’elle était arrivée dans ce pays. Pas grand-chose ne bougeait. On l’avait laissée plantée là, dans un pauvre laboratoire, à faire des recherches sur les cellules souches neuronales. Camille, en parallèle de son métier de neurochirurgien, avait passé de longues heures à travailler sur les bienfaits que l’on pourrait obtenir de la réimplantation cérébrale de ces cellules, notamment dans la lutte contre les maladies neurodégénératives. Nos neurones meurent et ne sont pas remplacés, c’est ainsi ! Le Dr Varsted lui avait commandé une étude sur la possibilité de rajeunir un cerveau grâce à cette méthode. Lors de ses phases testées sur des souris, Camille avait constaté qu’en introduisant des cellules neuronales immatures dans un tissu cérébral cible, celui-ci rajeunissait. Elle avait également pu vérifier l’absence du phénomène de rejet par l’organisme receveur, le cerveau étant connu pour être relativement à l’abri des réponses immunitaires. Il faudrait néanmoins, pour traiter un patient, six fœtus provenant d’avortement, afin de disposer d’un nombre de cellules suffisant.

Camille avait fait parvenir tous ses résultats au Dr Varsted. Attendant des félicitations, ce dernier s’était contenté d’exprimer une joie toute retenue, la décevant quelque peu.

« Ce type est aussi expressif qu’une moule ! » pensa-t-elle.

7 h 30.

Camille avait du mal à se sortir du profond sommeil dans lequel elle était artificiellement plongée. Elle avait, en effet, nettement ressenti le besoin d’avaler un cachet d’anxiolytique hier soir. La jeune femme était stressée, comme souvent. C’était un de ses traits de caractère qui exaspérait le plus Marc. Cela faisait maintenant plusieurs semaines que sa nouvelle vie sans lui avait débuté. Elle avait beau ne pas vouloir y penser, rien n’y faisait. Un lieu, un objet, un bruit, un parfum, un rire. Une armée de microdétails bataillait avec ardeur pour lui infliger la plus cruelle des sensations : le regret ! Comment avait-elle pu quitter l’homme de sa vie ? Pourquoi avoir brisé volontairement cette idylle qui faisait l’admiration et l’envie de tous ? Camille avait pleinement conscience d’avoir sacrifié sa vie sentimentale au profit de sa carrière. Il devait pourtant y avoir une raison, une explication rationnelle qui puisse justifier une telle décision. Elle n’avait, en effet, que très peu hésité lorsque le neurochirurgien allemand lui avait proposé ce poste. Partir avait été si simple, beaucoup plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Marc était pourtant toujours là, solidement implanté au fond de son cœur, comme il l’avait toujours été depuis qu’ils s’étaient rencontrés à l’université de Baltimore. Elle l’aimait toujours et ressentait à présent un énorme vide. Camille, secrètement, espérait toujours vieillir à ses côtés. Ce ne pouvait et ne devrait être autrement. C’était juste une question de temps, ils finiraient bien par se retrouver ! Son téléphone sonna, l’arrachant à ses sombres pensées. A la radio passait le célèbre I’ll be over you, de Toto. Instinctivement elle répondit :

˗          Oui, allo, c’est toi, mon amour ?

˗          Oh, si vous voulez docteur, avec grand plaisir. Ici Karl, je ne vous dérange pas, au moins ?

Camille se sentit stupide. Comment avait-elle pu imaginer que Marc puisse la joindre ici, sur un numéro de téléphone qu’il ne connaissait même pas ? La diffusion de ce morceau qu’elle aimait par-dessus tout lui rappelait son premier slow et ses premiers baisers langoureux avec Marc.

˗          Pardonnez-moi Karl, que puis-je faire pour vous ?

˗          Des tas de choses docteur, mais bon, ce n’est pas le sujet du jour. Le Dr Varsted veut vous exposer la partie théorique de son expérience. Pouvez-vous être disponible dans quinze minutes et peut-être qui sait, pour dîner ce soir avec moi ?

Camille comprenait qu’il fallait dès à présent remettre ce malotru en place, avant que la situation ne lui échappe. Le comportement de ce type commençait sérieusement à la fatiguer.

˗          Je ne serai jamais disponible sexuellement pour vous Karl, ne vous faites pas de film mon vieux. Je préférerais faire un lavement rectal à un éléphant âgé et constipé.

˗          Euh… Vous avez le mérite d’être clair, docteur. Vos « visuels » sont très parlants. J’ai compris le message. Bon, vous êtes OK pour le rendez-vous avec le Dr Varsted ?

˗          Je serai prête.

Quinze minutes plus tard, Camille était au pied de l’immeuble où l’organisation lui avait loué un appartement sans charme. Un minable trois-pièces décoré avec un goût douteux qui ne lui correspondait en rien. De cet endroit, elle avait vue sur une triste ruelle où passait cinq voitures pourries à l’heure, et sur une vieille cheminée d’usine en briques rouges qui crachaient de voluptueuses fumées chargées de polluants aussi divers que dangereux.

« Comment ne pas ressentir le besoin d’absorber des antidépresseurs dans un endroit aussi sordide ? » se dit-elle. Heureusement, le stock de médicaments de la jeune femme avait été renouvelé avant de quitter les États-Unis.

*

Une voiture attendait Camille. Karl descendit rapidement du véhicule pour lui ouvrir la portière. Visiblement, le ton de la jeune femme avait fait mouche. Le play-boy était devenu calme comme un caniche fraîchement castré. Le parcours se déroula sans qu’un seul mot fût prononcé. Karl préférait se taire et Camille ne point parler. Quelques instants plus tard, elle se retrouvait dans la même salle d’attente que la veille. De nouveau elle se leva, et se dirigea vers le seul encadrement de la pièce. Regardant le dictateur droit dans les yeux, elle ne put s’empêcher de mettre ses deux doigts devant son nez et lever la main droite en disant :

˗          Heil à toi mein fürh…

Au même moment, un bruit la fit sursauter. Elle se retourna et aperçut le Dr Varsted qui la dévisageait d’un air réprobateur :

˗          Vous désirez devenir un géant de la politique, docteur ?

˗          Non, non, cher confrère, juste une soudaine envie de me laisser pousser la moustache.

Le médecin allemand resta une fois de plus médusé par l’aplomb et l’impolitesse de la jeune femme. L’exploit accompli, il s’occuperait de son cas, et avec grand plaisir ! Pour l’instant, elle lui était indispensable et il fallait se mettre au travail rapidement. Le temps était compté.

˗          Asseyez-vous docteur, je vais vous exposer brièvement notre calendrier de travail. Voilà, nous opérerons deux primates dès la semaine prochaine. J’ai eu le temps durant ces dernières années de mettre au point une procédure qui fonctionne. Mes expériences, menées sur des cochons d’Inde et des chiens, ont été couronnées de succès. Vous savez que l’un des problèmes majeurs, hormis celui du temps, est de reconstituer la connexion nerveuse du cerveau avec la moelle épinière. J’ai trouvé la solution. J’utilise pour ça deux polymères : le polyéthylène glycol et le chitosane. Après avoir mis les deux sections de ces organes en contact dans le mélange, les cellules nerveuses endommagées par la dissection chirurgicale seront comme fusio-réparées. Un vrai miracle !

Particulièrement fier de ses fabuleux résultats et certain de l’effet qu’ils produiraient sur la jeune scientifique, le Dr Varsted se redressa dans son fauteuil directorial. Il la toisa d’un air supérieur et lui dit :

˗          Alors, qu’en pensez-vous, chère consœur ?

˗          Je pense que vous êtes un génie docteur, un vrai génie ! Mais pourquoi dites-vous que notre temps est compté ? Toutes les grandes premières médicales demandent du recul, de la réflexion. Nous ne pouvons et ne devons pas précipiter les choses !

˗          « Les choses », comme vous dites, sont ainsi. Dans huit jours, nous opérons nos cobayes. Si tout va bien, un mois plus tard, nous nous entraînerons sur des humains en état de mort cérébrale. L’intervention validée, nous nous lancerons enfin vers la phase ultime.

˗          Mais pourquoi cette précipitation ?

˗          Parce que la personne qui doit recevoir le greffon a cent ans et qu’il ne pourra en aucun cas passer l’année !

˗          Vous n’auriez pas pu choisir un cobaye un peu plus jeune ? Vous jouez à quoi ? Pour quelles raisons prendre des risques inutiles avec un vieux croulant ?

Une fois de plus, le visage de l’homme passa de son pourpre habituel au blanc colérique :

˗          Parce que cette personne est MON patron !

˗          Vous avez un patron ? C’est lui qui finance cette expérience, c’est ça ?

˗          À dix millions de Livres sterling par greffe, je n’avais pas trop le choix.

˗          Vous me faites carrément flipper là. Pour quelle raison précisez-vous dix millions « par » greffe ? Vous ne comptez quand même pas en faire plusieurs ?

˗          J’ai dit « par » ? Je voulais dire « la ». Arrêtons-nous là docteur, voulez-vous bien ? Sachez seulement que cette greffe sera l’œuvre d’une vie, et ce, bien plus que vous pouvez l’imaginer !

 

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D’un passé de sous-marinier, au besoin toujours vital de passer de longues heures en mer, une actuelle profession de santé où se côtoient intimement joie et tristesse, JC James a toujours ressenti l’envie d’écrire mais sans pourtant jamais y succomber, jusqu’à ce jour. Récemment débridé par la lecture de « romans de gare », un genre de littérature qu’il affectionne tout particulièrement, et pourtant désigné par ses détracteurs comme sans intérêt, absurde ou commercial, l’auteur se lance dans l’écriture de romans d’anticipation, n’ayant qu’un seul rêve : toucher et donner du plaisir à ce grand public si fréquemment dénigré.

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