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Votre corps me va si bien, de JC James (Extrait en ligne : Chapitre 3)

Comment avait-il pu être aussi naïf ? Comment avait-il pu un seul instant penser que ces gens l’employaient par pur humanisme ?
Quel imbécile, quel idiot il faisait !
Il se trouvait à présent dans un coin paumé de l’Europe de l’Est, à quelques heures de transférer le machiavélique cerveau d’un riche cinglé dans le crâne d’un parfait inconnu. Quelles allaient être les conséquences de cette intervention révolutionnaire si elle réussissait ?
Qu’avait en tête ce groupuscule qui agissait dans le secret ? Et surtout, comment pourrait-il, lui, se sortir de ce guêpier ?
Le docteur Marc Kloënsberg, célèbre neurochirurgien, s’en voulait d’avoir quitté précipitamment New York quelques mois plus tôt. La proposition de ce scientifique allemand lui était alors apparue plutôt séduisante et tellement arrangeante…
À vrai dire, elle tombait à point nommé. Sa vie personnelle ressemblait alors à un énorme chaos : sa future femme venait de mettre les voiles sans raison apparente, son patron l’avait brusquement congédié et, pour clore le tout, la police criminelle le persécutait…
Tout le poussait à fuir le pays. En acceptant cette sordide proposition, il allait pourtant, sans le savoir, déclencher un véritable cataclysme.

Quelque part entre Lüneburg et Kerres, en Albagarie, jeudi 15 juin 1989, 15 h 28.

Ballottée depuis maintenant plusieurs heures dans un transporter Volkswagen qui serpentait les routes sinueuses du nord de l’Albagarie, le Dr Brighton sortait peu à peu du lourd sommeil où elle se trouvait plongée.

˗          Où sommes-nous, Karl ?

˗          À une cinquantaine de kilomètres de Kerres, notre point de rendez-vous. Voulez-vous faire une pause, docteur ?

˗          Volontiers, je n’en peux plus. Ce voyage me semble interminable et mes jambes sont tellement gonflées qu’on dirait deux poteaux !

Quelques minutes plus tard, l’équipage s’arrêta sur le bord de la K 36. La jeune médecin sortit péniblement du véhicule et observa longuement le paysage qui se présentait devant elle. Ce qu’elle voyait était plutôt agréable. Une chaîne de montagnes sans fin bouchait l’horizon. Des terres agricoles multicolores et des prairies clairsemées de quelques fermes, souvent en piteux état, complétaient le tableau. Le temps était beau et chaud, mais ne pouvait seul masquer cette impression de désolation que ressentait la jeune femme depuis son arrivée dans ce pays de l’est de l’Europe. Cette contrée était pauvre et rude. Les habitants, croisés tout au long de cet interminable voyage, portaient physiquement cette terrible misère. Les engins agricoles et l’ensemble des véhicules rencontrés semblaient sortir d’un vieux film des années trente. On pouvait y trouver un certain charme pittoresque quand on venait d’un pays riche. Camille, elle, n’était que de passage ici. « God bless America » pensa-t-elle.

Karl, voyant sa compagne de voyage songeuse, en profita pour satisfaire sa curiosité :

˗          Par quel hasard êtes-vous arrivée ici, Dr Brighton ?

˗          Oh, il n’y a aucun hasard, tout simplement une offre professionnelle que je ne pouvais en aucun cas refuser.

˗          Vous avez tout quitté pour votre travail : votre mari, vos parents, vos amis ?

˗          Oui, je sais, tout ça peut paraître dingue et excessif. Je m’interroge encore moi-même sur les véritables raisons qui m’ont poussée à venir m’enterrer ici. Repartons d’ici Karl, cette pause et vos questions commencent sérieusement à me déprimer.

Installée aussi confortablement que possible dans la camionnette, Camille ferma les yeux et essaya de se rendormir. Rien n’y faisait. Cette conversation avait fait resurgir des sentiments qu’elle croyait oubliés. Elle repensa à Marc. Comment avait-elle pu l’abandonner de cette manière ? Que devenait-il ? Tenait-il le coup ? La recherchait-il ? L’aimait-il encore ? Mais pour qui se prenait-elle pour se poser ces questions ? C’est elle qui avait pris cette odieuse décision, qui était partie un beau matin sans avoir eu le courage d’avouer la vérité à son compagnon ! Cela faisait pourtant des semaines que Camille savait qu’elle allait tout plaquer, mais jamais elle n’avait trouvé les mots, le temps, ni le courage de l’avouer à son amour de jeunesse. Il avait fallu attendre cette ultime occasion de dispute bidon pour pouvoir s’enfuir.

Pourquoi ne lui avoir rien dit ? Craignait-elle qu’il parvienne à la dissuader de partir ou qu’il se décide au contraire à l’accompagner ? Elle se refusait à se l’avouer, mais Camille savait que Marc pouvait professionnellement lui faire de l’ombre. C’était un homme au charme indiscutable, que tout le monde remarquait et, qui plus est, un chirurgien hors pair. Quand elle avait reçu ce mystérieux appel téléphonique lui proposant ce poste, elle s’était même demandé si son correspondant n’avait pas fait erreur. Elle s’était empressée de faire confirmer que c’était bien au Dr Camille Brighton qu’on désirait parler. L’homme au bout du fil avait réussi à la convaincre, à trouver les mots qui avaient excité sa curiosité. En quelques heures, tout était arrangé : sa démission remise, ses parents prévenus (avec ordre de ne surtout pas en parler à Marc) et son billet d’avion pour Kdank réservé.

Son interlocuteur, un certain Dr Varsted, neurochirurgien comme elle, désirait l’engager pour finaliser ses recherches et tenter une première mondiale qui allait bouleverser la médecine. Elle n’en savait pas plus. Un grand secret semblait planer autour de cette expérience. On lui avait clairement signifié que rien ne lui serait dévoilé par téléphone. La chirurgienne qu’elle était comprenait cette méfiance. Le monde de la recherche ressemblait à un monde de requins. Certaines personnes n’hésiteraient pas à vendre leur âme au diable pour une reconnaissance mondiale.

Kerres, 16 h 45.

La Capitale de ce petit pays de l’Est européen ressemblait à l’idée que Camille s’en était faite. De longues avenues bordées d’immeubles de taille moyenne aux façades grisonnantes, quelques vieux bâtiments officiels à l’architecture chargée et exubérante flanqués du drapeau de la jeune république, une circulation peu abondante où l’on découvrait quelques vieux modèles d’automobiles toujours à la mode dans cette ancienne province de l’URSS : des Lada, des Gaz Volga, des Taz, des Tatra, des Watburg…

Le combi Volkswagen s’arrêta au pied d’un immeuble du centre-ville. L’endroit était discret. Rien ne pouvait laisser supposer que des scientifiques de haut niveau travaillaient ici. Camille sortit du véhicule et se dirigea, accompagnée de Karl, vers le hall d’entrée du bâtiment. L’homme s’arrêta en haut des marches, jeta un rapide coup d’œil circulaire sur la rue et, semblant rassuré, ouvrit la porte vitrée. Immédiatement, deux hommes en costumes sombres, holster bien en vu, les arrêtèrent. La jeune scientifique ne put s’empêcher d’arborer un léger sourire. Ces deux gars étaient absolument ridicules dans leurs costumes trop étroits. Les pauvres pièces de tissus laissaient en effet apercevoir leurs gros calibres (ne voyez là rien de sexuel, les types étaient lourdement armés, point à la ligne !).

 Après avoir discuté rapidement en aparté avec eux, Karl invita Camille à prendre l’ascenseur. Il glissa une clé dans le tableau de commande, la tourna. L’appareil se mit en mouvement. Arrivés au dernier étage de l’immeuble, les portes s’ouvrirent et laissèrent apparaître deux autres lascars, affublés du même déguisement grotesque que les clowns du rez-de-chaussée. Eux aussi étaient lourdement équipés (n’y voyez là toujours rien de sexuel !).

Ce dernier niveau était privatif. Un long couloir, recouvert d’une moquette bleu roi desservait une dizaine de bureaux. Aucun laboratoire en vu. Un des agents les accompagna vers un vestibule. Une jeune secrétaire blonde à souhait et à la poitrine débordante y trônait fièrement. Si Marc avait été là, pensa-t-elle, il n’aurait pu s’empêcher de baver. Il avait toujours été attiré par ce genre de fille vulgaire, ce qui avait le don de révolter Camille. Karl tenta discrètement de s’éclipser. La jeune femme le retint par le bras :

˗          Vous partez, Karl ?

˗          Ne vous inquiétez pas, Dr Brighton, je vous attends dans le couloir.

˗          Mais que suis-je venue faire ici, il n’y a pas de labo, pas de bloc opératoire ?

˗          Juste un petit entretien avec le grand patron. Vous n’avez rien à craindre, à moins que vous ne portiez un micro ?

˗          Un micro ?

˗          Laissez-moi quand même vérifier docteur. Vous allez nous prendre pour des paranos, mais, dans notre situation, mieux vaut être prudent.

Un des agents tendit à Karl un détecteur. Il le glissa le long du corps du chirurgien. Le son émis resta monocorde. Camille se sentit au bord du malaise, envahie par une angoisse oppressante. Elle transpirait maintenant à grosses gouttes et sentit que son muscle cardiaque cherchait à battre des records de vitesse. L’appareil de détection se tut enfin :

˗          Tout est en ordre, docteur. J’espère que vous ne m’en voulez pas ? Les ordres sont les ordres, n’est-ce pas ?

˗          Ouais. Je dois sans doute me sentir chanceuse de ne pas avoir subi une fouille approfondie et un toucher rectal, c’est ça ?

Karl éclata de rire suivi instantanément par les deux costauds, qui, en plus d’avoir l’air stupides, l’étaient sans doute vraiment. Tous sortirent de la pièce, laissant seule la jeune femme. Camille scruta l’environnement : moquette crème au sol, boiseries foncées sur les murs, quelques chaises inconfortables et un cadre unique. Elle se leva. C’était une photographie en noir et blanc montrant un homme en costume sombre accompagné par son berger allemand. Ils posaient sur la terrasse d’un chalet de montagne. Son regard se fit plus précis :

˗          Mais c’est Adolf Hit…

˗          Oui docteur, c’est bien lui. Cela vous pose-t-il un problème ?

Camille, sans en avoir conscience, s’était mise à parler à haute voix. Surprise, elle se retourna et découvrit un personnage âgé d’une cinquantaine d’années. L’homme portait le cheveu ras, était gras, rubicond, et louchait. Il portait de grosses lunettes en écailles équipées de verres loupes qui mettaient son triste regard en valeur. Son costume sombre à fines rayures l’enserrait et semblait vouloir l’étouffer. Cette vision de l’obésité lui fit resurgir une réflexion que Marc faisait quand ils croisaient dans les rues de New York des physiques aussi atypiques : « Ce gars doit mesurer un bon mètre cube ! » Cette injure stupide et méchante la faisait rire. C’était tout Marc : sérieux, supérieurement intelligent, parfois maussade et triste, mais lâchant de temps à autre une bonne blague bien pourrie qui la faisait rire aux larmes.

˗          Dr Kurt Varsted, Madame. Cette admiration pour ce grand homme ne vous pose aucun problème, j’espère ?

˗          Aucun Monsieur. Je suis d’ailleurs moi-même une fervente admiratrice d’Elvis Presley et de bip-bip le coyote !

˗           Je vois, de l’humour américain, sans doute. Un peuple qui se croira toujours supérieur aux autres. Oublions tout ça et parlons de notre travail, voulez-vous ?

˗          C’est vous le patron.

˗          Bien. Je vais aller droit au but. Je vous ai choisie non pas parce que vous êtes la meilleure neurochirurgien des États-Unis, mais parce que vous êtes la plus rapide. Votre ami, le Dr Marc Kloënsberg, est bien supérieur techniquement à vous, mais trop nonchalant et surtout trop amoureux pour préférer son métier à sa future femme. Vous êtes apparemment beaucoup plus carriériste que lui, Madame, et n’avez pas fait de sentiments lorsque nous vous avons fait cette offre. J’apprécie ce trait de caractère. Toute notre réussite dépendra de cet investissement personnel et de votre rapidité. Nous allons devoir opérer en duo avec un chronomètre qui décomptera indubitablement les secondes. Vous savez tout comme moi que notre cerveau ne peut pas résister à un manque d’oxygénation de plus de cinq minutes ?

Camille se mit à penser à une chose farfelue qui lui fit avoir un léger rictus moqueur. Elle tenta de regarder bien droit dans les yeux ce drôle de personnage qui se disait neurochirurgien. Vexée par les réflexions blessantes sur ses qualités professionnelles, elle comptait fermement le piquer à son tour :

˗          Ne me dites pas que vous voulez greffer une tête entière docteur, ou vous allez me faire mourir d’une comico-hypoxie cérébrale !

˗          Je ne vous le dirai donc pas, Madame, et ne voudrais surtout pas vous faire mourir dans l’heure. Sachez simplement que je me contenterai de transférer un cerveau d’un corps vers un autre.

 

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D’un passé de sous-marinier, au besoin toujours vital de passer de longues heures en mer, une actuelle profession de santé où se côtoient intimement joie et tristesse, JC James a toujours ressenti l’envie d’écrire mais sans pourtant jamais y succomber, jusqu’à ce jour. Récemment débridé par la lecture de « romans de gare », un genre de littérature qu’il affectionne tout particulièrement, et pourtant désigné par ses détracteurs comme sans intérêt, absurde ou commercial, l’auteur se lance dans l’écriture de romans d’anticipation, n’ayant qu’un seul rêve : toucher et donner du plaisir à ce grand public si fréquemment dénigré.

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