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La corde, de Jo Mével (Extrait en ligne)

Les déchirures d’un couple. Depuis qu’elle a tenté de mettre fin à ses jours, un an plus tôt, plus rien ne va. Traumatisé par ce geste qu’il ne parvient pas à comprendre, il ne cesse de ressasser ce sombre évènement de leur vie. Ses pensées en deviennent obsessionnelles.
« Dis, comment on fait un nœud coulant ? »
« Tu me montres ?… »
Comment surmonter la souffrance, la rancœur et la culpabilité ? Douloureuse question. En peu de pages, Jo Mével nous livre une nouvelle à la profondeur psychologique admirable. Lisez vite ce récit hurlant de vérité !

Novembre. Le mois de la tristesse. De l’extinction. Cette année-là, les feuilles s’étaient empressées de tomber, sûrement mues par la crainte des grands froids qui allaient suivre. Inexorablement, une à une. Ou par colonies entières sous les rafales. Le triste manège décharnait les souvenirs de la belle saison. Froidement, sans état d’âme. Le vent fou, que la nuit avait soudainement dopé, balayait la rue, soufflant, tournoyant et roulant papiers et feuilles racornies pour les entasser sans ménagement dans les recoins poussiéreux. Accoudé à la fenêtre de la cuisine, il regardait sans voir, laissant courir ses pensées. Il broyait du matin triste, il broyait du noir, comme à chaque crise.

Les enfants dormaient paisiblement. Il entendait leur respiration régulière par la porte de la chambre restée entr’ouverte. Après avoir bu une partie de la nuit, Nicole était sortie au petit matin, comme une furie, en claquant les portes. Ses crises silencieuses s’étaient muées en révolte contre elle-même, contre lui. Agressive. Elle était devenue agressive. Une violence intérieure peu commune la tourmentait. Les paroles qu’elle parvenait à lâcher alors à travers un rictus de colère étaient toujours acérées, blessantes.

Il vivait sur la défensive. La patience des premiers temps avait cédé à la lassitude. De celle qui empoisonne les couples. Qui les fragilise, les fissure. Il ne pouvait rester de marbre devant le dépit qu’elle lui manifestait pendant ses crises.

Celle de la nuit avait été particulièrement violente. Elle s’était réfugiée dans la salle de bain, la tête dans les mains, criant, bavant sa colère.

Quand il s’était approché pour lui venir en aide, elle lui avait lancé un regard de feu et brandi le fer à repasser. Il ne put retenir une volée de reproches, et s’en fut en claquant la porte vivement.

Les feuilles tournoyaient, en un carrousel sans fin. Le boulanger sortit de son fournil pour fumer une cigarette avant d’aller se coucher. Impossible de l’allumer. Le vent ne mollissait pas, au contraire. Finalement, l’artisan tourna le dos et disparut dans son atelier.

De la fenêtre de sa cuisine, à l’étage, il avait une vue plongeante sur le village. La rue principale était déserte, triste, vide, à l’image de son âme.

En contrebas de sa fenêtre, hors de sa vue, des pneus crissèrent sur les gravillons. Le moteur se tut brusquement. La portière claqua… Des pas dans l’escalier. Un silence au niveau du premier palier, puis les pas de nouveau. Enfin, la porte s’ouvrit. Nicole apparut, les yeux brouillés de larmes.

Il s’avança lentement. Elle fit la moue et baissa la tête. À cet instant précis, il remarqua la trace rouge qui dépassait du gros col de laine. Une longue marque de peau brûlée. Une cicatrice de folie, maladroite, irrégulière.

Et aussitôt lui revint en mémoire la question surprenante de Nicole, l’année précédente.

– Comment fait-on un nœud coulant ? Tu peux m’expliquer ?

– Mmm.

– Allez, montre-moi !

Et il l’avait fait, bêtement. Bien sûr, il avait hésité. Mais enfin, à cette époque, la dernière crise était loin.

– Pourquoi ? Tu veux jouer du lasso, avait-il plaisanté.

– Oui, comme Calamity Jane. Allez, montre-moi…

Nicole tenta maladroitement de cacher la marque rouge en remontant son col. Elle passa devant lui sans un mot, les yeux baissés, les épaules tressautant de sanglots longtemps retenus, et s’enferma dans leur chambre.

Une boule de crispation lui alourdit le sommet de l’estomac, sous le sternum. Il se massa le crâne, inspira profondément et se prit le front à deux mains en plissant les yeux. Sa manière à lui d’encaisser. Un sommier grinça dans la chambre des enfants.

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Un petit coin paisible, un rien de quelque chose dans l’atmosphère, une soudaine fougue créatrice… Et les mots cheminent, dansent ou crient, chantent, se tordent… Puis, quelque part, au creux de l’égo, une chaude satisfaction. Enfin j’existe !

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