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La Croisière Jaune, épisode 2 : Du Liban à la Perse : traversée des montagnes, traversée du désert

27 mars 1931 – 7 mai 1931

Préparatifs. Source : http://overland-magazine.es/blog/1159/los-cruceros-de-andre-citron

Bien que l’expédition n’ait pas officiellement commencé, Georges Le Fèvre va jusqu’en Syrie. Les Français, qui s’y sont expatriés, lui dévoilent leurs découvertes : tombeaux archéologiques, pétrole,… Certains d’entre eux ont même mené quelques expériences, comme planter des sapins ou des glands afin d’obtenir des chênaies.

Art phénicien. Source : http://antikforever.com/Syrie-Palestine/Phenicien%20Cananeen/phenicien.htm

Georges Le Fèvre retourne ensuite au Liban, pays où rôdent les spectres phéniciens. Les membres de l’expédition enchaînent les visites. Ils rencontrent madame Sursock, l’une des personnes les plus riches de Beyrouth. Maurice Laplanche, le télégraphiste, permet au groupe Pamir d’être relié à l’Europe et l’Amérique via des postes de cinq cent watts à ondes courtes. Grâce à ces dernières, une voix parcourt des distances nationales, voire continentales. Ultime visite, cette fois chez le médecin, pour une piqûre contre le typhus. Les médicaments pris en France seraient inefficaces.

Georges-Marie Haardt arrive le 31 mars. Il a déjà traversé une partie de la Palestine : « Le 22 je vais à Saida l’ancienne Sidon. Il y reste trois blocs de pierre. Quelle terrible leçon d’histoire. Je voulais faire filmer les derniers châteaux où ont resté les croisés avant qu’ils aient été jetés à la mer. Autant en effet le Kérak représente la force à l’apogée de la puissance des chevaliers, autant le château de la Colline n’est qu’une ruine ».

Samedi 4 avril. « Après une première nuit de bivouac, le réveil à l’aube, devant la mer a quelque chose d’émouvant. Premiers aménagements. Ne peuvent s’accommoder de cette brusque vie en commun si joyeusement consentie que ceux qui aiment le bled et nous l’aimons tous ». Réveil à 4h, accrochage des remorques à 6h15. Après d’humbles et touchants adieux, le groupe Pamir prend la route de Damas. Il est 8h20. « Quelques minutes plus tard, un avion venu de Rayak nous salue par des évolutions. L’air est léger. Quelle allégresse ! Quel espoir ! ». Les participants au voyage longent les gorges de l’Hamana, sur les traces de Lamartine. Le départ est lent, les moteurs ne sont pas encore rodés : ils ont parcouru à peine cent kilomètres durant les essais d’Ermenonville. La voiture T.S.F. a du mal à suivre. « À Aley un écriteau nous apprend que nous sommes à 14 kilomètres de Beyrouth, à 95 kilomètres de Damas et… à 3 185 kilomètres de Paris Place de l’Opéra ».

La croisière jaune. Source : http://vince3ds.eklablog.com/la-croisiere-jaune-a7741953

Les véhicules parviennent à franchir un col de 1 600 mètres d’altitude, le premier d’une longue série. Les moteurs résistent, malgré quelques avaries. Pourtant, les aléas climatiques sont nombreux. Dans le désert, les tempêtes de sable sont violentes. Coupés du monde, le seul moyen de connaître l’heure est d’utiliser un chronomètre ou la radio.

Le groupe Pamir arrive à Damas, dans une région appelée « l’anti-Liban ». Il sillonne les ruines de Palmyre, l’ancienne capitale de la reine Zénobie. Dans ce lieu mythique, les explorateurs rencontrent des tribus nomades de trois mille tentes. Parmi les autochtones, se trouve un chef : il possède soixante tentes, dix mille moutons, plusieurs dizaines de chameaux. S’il n’avait pas eu aussi quelques tracteurs, on se serait cru dans un épisode de l’Ancien Testament. On raconte à Le Fèvre une histoire de rapt, digne d’Hélène de Troie.

Palmyre, source : http://cdn1-europe1.new2.ladmedia.fr/var/europe1/storage/images/europe1/international/syrie-lei-est-entre-dans-la-ville-de-palmyre-941952/18883770-1-fre-FR/Syrie-l-EI-est-entre-dans-la-ville-de-Palmyre.jpg

L’aventure se poursuit. Après avoir confondu une carcasse de voiture avec celle d’un chameau, Le Fèvre déclare : « Le désert mange tout : les bêtes et le matériel ». L’expédition est intemporelle. Si elle ne semble pas progresser dans le temps, elle avance en revanche dans l’espace. Lorsque le terrain est bon, les véhicules parcourent entre 140 et 150 kilomètres par jour, 50 kilomètres par jour lorsque les conditions sont mauvaises. On roule à 35 kilomètres à l’heure. En guise de comparaison, un chameau parcourt 20 kilomètres par heure. « Il ne faut pas, me dit Audouin-Dubreuil que le chameau soit contrarié dans sa marche paisible. Si on veut presser son train, comme c’est un animal poli, il ne s’insurge pas. Il obéit. Mais au bout de quelques jours, pour embêter son maître ; il se couche par terre et meurt ».

Le 15 avril, arrivent les premières lettres de France. Chacun s’isole pour lire son courrier. « Cela rappelle certaines distributions de lettres dans les tranchées ». En dépit des difficultés, la route se poursuit : traversée de l’Euphrate, Felloudjah, puis Bagdad. On retiendra la rencontre du groupe Pamir avec le roi Fayçal Ier. « Le roi s’intéresse vivement à l’Expédition dont Georges-Marie Haardt lui explique l’itinéraire sur la carte. Cette multitude de pays que nous allons traverser fait rêver Fayçal.

Comment ? Si loin… et tant de pays !… Mais les routes ?

Nos voitures nous permettent de nous passer de routes ».

Le voyage reprend le 20 avril. La route est calme et la chaleur moins étouffante. Le groupe Pamir entre en Perse par la porte du Zagros. Le 22 avril, il se recueille sur le tombeau de David. Comment ne pas évoquer ici les paroles du colonel Sir Francis Humphrey : « Vous faites là une œuvre grandiose qui présentera un intérêt considérable pour l’Humanité. »

Art Perse. Source : https://blogs.mediapart.fr/irani/blog

Après avoir franchi les chaînes du Zagros, le groupe arrive à Kerend. Sept mille villageois peuplent ce bourg extrêmement pauvre. Le périple se poursuit par la traversée de Kermansha, la plus grande ville de la région. Elle compte entre trente mille et cinquante mille habitants. L’équipe se trouve ensuite confrontée au passage des cols de Soultan Balakh (2 400 mètres d’altitude) et d’Avadj (2 000 mètres d’altitude). «  Campement dans un ancien caravansérail. La lune. La vie retrouvée. L’Asie, notre vieille mère ». La dernière étape du voyage sera Sari, une cité semblable aux villes provençales. Les agrumes garnissent les orangers et mettent dans le cœur des hommes d’étincelantes parcelles d’or.


Lucille Cottin est née en 88 à Metz. Dès son plus jeune âge, elle se plonge dans l’univers du livre et de la bande-dessinée. A côté, elle dessine et bricole des tas de personnages. Après moult péripéties, elle rejoint l’université de Lorient, puis celle d’Angers, pour suivre des études de lettres teintées d’archives et d’édition.

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