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Un domestique, de Jonathan Itier

Le verdict concernant la mort des Ericson est tombé : c’est leur fille, Hélène, qui a sauvagement assassiné ses parents avant de mettre le feu au domaine familial. Du moins, c’est ce que raconte la version officielle… Et si la mort des Ericson était bien plus lugubre que ce que l’on croyait ?

Je suis entré au service de Monsieur et Madame Ericson dans la tendre année de mes vingt-cinq ans. Un épisode assez trivial de ma première rencontre avec mes maîtres me fait me remémorer la bonté qui régnait chez eux. Tandis que je m’apprêtais à prendre mes quartiers, la très jeune Hélène, de laquelle on a dit tant et tant de mal aujourd’hui, insista avec un empressement inhabituel pour me faire visiter l’ensemble des appartements, y compris la modeste chambre de ses parents.

« Je crois savoir, avait-elle dit sans la moindre affectation, que vous jouez du violon assez bien »

Comme elle vit que j’acquiesçais avec un peu de réserve, elle plongea dans une grande armoire et me tendit gaiement un de ces violons de concert dont j’ai oublié le nom. Cette simple anecdote conjurera peut être chez mon lecteur ce déplaisant instinct de lutte, à partir duquel on ne veut voir dans les bourgeois que d’incultes poseurs. Comme si toute spontanéité était le fait du pauvre, quand elle est celui d’une âme bien née. Je ne me sentis plus, pour un instant, de raisons de me montrer digne d’elle. Notre première rencontre inaugura la promesse d’une complicité respectueuse, solide et, jusqu’à la tragédie de sa mort violente, rien ne me détourna de son amitié.

 

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Je suis né dans une clinique de la banlieue parisienne. Tout comme les adultes adorent en inventer, les enfants adorent les écouter pour s’aduler, se combattre, voter, s’impliquer, simplifier… Les histoires sont ma petite contribution à l’effort collectif de vie. Si tout ce qui est humain se condamne –et c’est peut-être la faute à son essence même- à régner ou à servir, la littérature est ce geste d’amitié salubre dans le désastre, de la main de l’un à l’épaule de l’autre ; pour le lecteur et l’auteur, c’est donc la consolation d’être entendu, mais de loin en loin, parce que la pudeur nous oblige.

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5 Comments on Un domestique, de Jonathan Itier

  1. Impressionnant par la qualité de l’écriture, une construction parfaite qui nous renvoie à la littérature du XIXeme, une interrogation teintée d’ironie sur les rapports entre le maître et le domestique. J’ai passé un très bon moment et je vous invite à en faire autant.

  2. Le style est, je trouve, magnifique. Riche, fluide, très agréable. Il arrive aussi à créer toute une ambiance assez lugubre et noire autour de cette histoire, loin d’être banale. Un style qui est empreint de mystère, qui ne donne qu’une seule envie : lire la suite.

    L’intrigue est très sympathique, même si ce n’est peut être pas le mot le plus adapté. Pour une fois, on sort un peu des terrains connus. Une personne est accusé, et nous avons la version du vrai coupable, nous avons la vérité. J’ai trouvé le concept absolument génial et très prenant.

    L’histoire est noire. On ne suit pas l’histoire à travers les yeux de quelqu’un, mais c’est un personnage qui nous raconte l’histoire, sous la forme d’un aveux poignant et qui sort de l’ordinaire.

    Il y a très peu de personnages, mais le peu qu’il y a sont très distinctifs.
    Le domestique, dont on ignore le nom, est celui qui nous narre l’histoire. Paradoxalement, ce n’est pas le personnage que l’on connait le mieux, alors que c’est lui le personnage principal, en quelque sorte. Il nous apparaît comme quelqu’un de déterminé.
    Hélène, elle, apparaît rarement, mais on en a l’image d’une jeune femme inocente et sensible.
    Il n’y a que le père de cette dernière que l’on connait le plus. Froid, et facilement influençable, c’est lui qui cause la perte de sa famille.

    Malgré un style très agréable, il arrive que certains passages soient un peu flous, et que les divagations du domestique prennent le pas sur le l’histoire. Moralité, on a parfois du mal à savoir où on en est (mais cela reste très léger et sur une ou deux scènes gros maximum). Autre défaut : il est beaucoup trop court à mon goût ! Je ressors assez frustrée de cette lecture… J’en aurais bien voulu un peu plus. Pouvoir rester dans le monde et me laisser bercer par la plume de Jonathan Itier un peu plus longtemps.

    Citations :
    Par la confession, cette lettre n’a d’autre but que de libérer son auteur d’un secret qu’il estime aussi criminel que tous les meurtres de la terre.
    Le montant d’une solde reflète moins la considération d’un travail que la philosophie de celui qui la délivre.
    L’argent n’est pas matière inerte, passive, qui s’interpose entre un achat et une vente. Il est hanté par celui qui le détient, et il finit par posséder celui l’obtient.
    Seul l’argent nous demeure à tous, comme une malédiction des temps très anciens, frappant la naissance de chaque être comme un destin obscur.
    Ma note : 15,5/20
    Scénario – 3/4.
    Ecriture/Style – 3.75/4
    Potentiel d’addiction – 3/3
    Personnage – 1.5/2
    Emotions – 1/2
    Originalité/Créativité – 1.5/2
    Suspens – 1.5/1.5
    Humour – 0.25/1.5​

  3. Cette courte nouvelle est en fait la confession du domestique de Monsieur et Madame Ericson et de leur fille Hélène.
    Ce domestique nous raconte quel crime il a commis et le plus important la raison qui l’a poussé à le faire.
    Sa confession nous montre comment un homme peut facilement se perdre mais surtout se faire envoûter et commettre par la suite des actes abominables.
    Nous sommes au 19eme siècle, le narrateur nous détail son quotidien assez tranquille en tant que domestique dans une maison bourgeoise, puis les changements auxquels ils va assister jusqu’à ce fameux soir où il va devoir faire un choix….(Nous avons droit à le description d’une scène horrible et personnellement je ne peux que saluer le geste de cet homme!!!).
    Cette nouvelle est très bien écrite, bien construite. L’écriture est posée, soutenue et donne et représente bien la manière dont un domestique s’exprimait au 19eme siècle. Certes cette nouvelle est courte mais se suffit à elle même, elle est complète et je ne suis pas restée sur ma faim.

    Ma note : 5/5

  4. René fut longtemps un domestique chez les Ericson : il nous raconte son histoire sous une forme originale, une lettre d’aveux. En effet Hélène, la fille des Ericson, est accusée d’avoir assassiné ses parents avant de mettre fin à ses jours. Mais dès le début de ce récit, Henri clame que c’est lui qui a assassiné ses maîtres et il raconte ce qui l’a poussé à commettre ces actes. A travers ses aveux, découvrez une histoire peu commune…

    Ce qui ressort le plus dans cette nouvelle, c’est l’amour d’Henri pour ses maîtres. Il n’a rien de « l’esclave lambda »: il est cultivé, il éprouve un véritable attachement pour la famille qu’il sert et qu’il idolâtre, il semble mener une vie paisible et apprécier sa condition. En effet, s’il effectue de nombreuses tâches pour la famille, elles ne sont pas écrasantes : il a du temps libre et peut voir chaque jour ses amis. Dans ce cas, comment a-t-il pu assassiner ces personnes si chères ? Ses maîtres ont-ils commis un acte assez grave pour pousser leur domestique à un tel acte ? Cherche-t-il juste à couvrir Hélène ?

    Tous les ingrédients d’un bon récit policier sont présents : crime, histoire des protagonistes, suspects, mobile.. Le récit est construit comme une enquête qui aboutit à un dénouement à la fois attendu et surprenant: on connait déjà le coupable mais le mobile est original. L’auteur nous propose un récit passionnant avec une écriture de grande qualité.

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