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Jeux de… Jeux de vilains, de Paul G. Sergeant : Chronique d’une mort à tancer (extrait en ligne)

« Qui que vous soyez, quels que soient votre âge et position sociale, vous serez condamné à la subir.
Certains la redoutent, la craignent à en devenir malade, tellement elle est présente dans tous les actes et événements quotidiens. D’autres la souhaitent comme une libération, ils la considèrent souvent comme la récompense suprême. De plus fous ou de plus sages l’honorent et la fêtent pour en faire une compagne acceptable, car ils savent qu’elle est le sel d’une vie, le piment qui les motive, le je ne sais quoi qui fait que les hommes se surpassent, pour tenter de rester dans les mémoires universelles.
Alors, faites comme eux, jouez avec elle, narguez-la sans scrupule, riez d’elle, même avec elle. Je vous assure qu’elle sera ainsi plus douce pour vous.
Adieu, cher lecteur. »

Avec jeux de…. Jeux de vilains,Paul G. Sergeant signe un recueil de nouvelles riches et très variées (il touche en effet tous les genres littéraires) et marque son lecteur par sa plume délicate, poétique, aux tonalités d’un Simenon.

En guise de préface, j’ai souhaité rendre un hommage à un amoureux des mots.

J’apprenais sa disparition alors que j’écrivais ce recueil. Alors pour toi, Claude !

Chronique d’une mort à tancer

La France est en transe, Paris endeuille son mai, Toulouse a le blues. Le petit taureau s’est envolé, Big Mama nous l’a volé.

Quand il entrait sur scène, comme un boxeur aimant la castagne, il balançait ses poings sans boules de cuir. Il faisait swinguer ses doigts, il rythmait ses mots, comme on découpe au couteau les rimes, façon jambon de York.

Depuis l’annonce de sa disparition, de sa mutation (je n’ose prononcer le mot fatidique, car un poète ne doit pas le connaître), il pleut et la pluie a réussi, en son honneur, à faire des claquettes. Sur l’écran noir de mes nuits blanches, il m’a appris à danser sur lui, à oublier Sing Sing, juste le temps d’une bad song.

Il était l’enfant phare de toute une génération et sa fanfare jouait pour moi, pour nous et autant pour le jazz et la java, pour lesquels il partageait en frère ses pieds et ses mains.

Ses mains ! Ces mains qui rythmaient toute son âme, ses mains qui battaient la mesure sans retenue. Ces mains qu’il aimait voir dans la farine, surtout si celles-ci appartenaient à des femmes portant des bas et donnant des hauts le cœur aux Don Juan, Cécile, ma fille !

Elle voulait un enfant et ce fut toi. Il voulait en engendrer d’autres et ce fut toi : poésie. Poésie des mots essentiels, rythme des maux universels, beat d’un cœur gros comme ça. Pour l’amoureux de musiques syncopées, il n’eut pas droit, même si son cœur était tendre, à la syncope. Un banal et vulgaire crabe l’a emporté et depuis tout le monde se pince : ce n’est pas possible, Claude ne nous a pas abandonnés. Il aurait eu la bonté de nous envoyer une bouteille à la mer, un hymne à la vie, une symphonie à l’amour. Mais non, ce petit sorcier nous a laissés à bout de souffle, pour broyer le rouge et le noir.

Alors, serre-moi la main, camarade, va rejoindre tes anges aux plumes légères, va blottir ton corps robuste, au-delà des bidonvilles, sur le frêle nuage où tu retrouveras tes frères, Armstrong et bien d’autres. Et là, tu verras, tu verras, comme tu le chantais, comme tu nous enchantais, que noirs et blancs sont ressemblants comme deux gouttes d’eau.

 

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Paul G. Sergeant est issu de l’univers de la télévision.

Il y a travaillé durant 20 ans, comme assistant réalisateur, puis comme réalisateur TV. Il anime également des ateliers d’écriture. Jeux de… Jeux de vilains est son premier recueil de nouvelles publié aux éditions l’Arlésienne.

 

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