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Blanche-Neige (Extrait en ligne)

Marc et Corinne ont une charmante petite fille, Manon. Elle n’a qu’un seul défaut : elle ne parle pas. De plus, la petite fille semble éviter ses parents, et préfère s’amuser avec un chat noir qui rôde dans le quartier. Inquiets, Corinne et Marc utiliseront tous les moyens possibles pour découvrir le mal dont est atteint leur fille.

Corinne Dubois ouvrit les volets de sa chambre un matin et vit le chat. Ce n’était même pas vraiment un chat, plutôt une boule de poils noirs et ébouriffés, un minuscule chaton qui se tenait assis, très raide, sur le muret devant la maison, et regardait fixement la fenêtre de Corinne. « Bonjour, petit chat », murmura la jeune femme en clignant des yeux pour ne pas l’effrayer par un regard trop direct. Le chat ne bougea pas un muscle, au contraire du bébé qui se tortilla dans le ventre de Corinne. « Bonjour à toi aussi, petite fille », sourit-elle en caressant délicatement son ventre rond de femme enceinte, mais cette fois le bébé ne réagit pas.

Toute la matinée, Corinne tria les affaires de bébé fraîchement descendues du grenier par ses parents : vieux pyjamas fanés, peluches mitées, livres en carton à la couverture rongée par les rats. « Ce ne sont pas les rats, voyons, c’est toi qui rongeais tes livres ! », avait protesté la maman de Corinne, mais la jeune femme, qui ne tenait pas à ce que son bébé attrape une maladie de rongeurs, écartait tous les livres abîmés. Il y en avait un, pourtant, qu’elle ne pouvait se résoudre à rejeter au fond du carton. Certes, Blanche-Neige était gribouillée au feutre orange, mais on ne pouvait décemment en accuser les rats, et ce livre avait été son préféré, celui qu’elle emmenait partout et dont elle réclamait inlassablement la lecture, au point d’en connaître le texte par cœur. « Ah, si j’avais une fille au teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme l’ébène ! », récita-t-elle en souriant. Décidément, elle ne pouvait pas le jeter. Ce serait aussi le livre préféré de sa petite Manon, elle y veillerait.

Lorsqu’elle sortit déposer un landau cassé à la décharge en début d’après-midi, le chat était toujours sur le muret. Il ne fixait plus la fenêtre de la chambre, il regardait Corinne. « Où est ta maman ? lui demanda-t-elle. Tu as sûrement une maison quelque part ! » Le chat ferma les yeux à demi et Corinne se sentit fondre. Depuis combien d’années essayait-elle de convaincre Marc d’adopter un chat ? Mais Marc préférait les chiens, et à présent il lui avait fait une petite fille. C’était mieux qu’un chat, bien sûr. Mais le chaton noir ne bougeait toujours pas de son mur. « Tu arrives au mauvais moment, lui reprocha Corinne, je n’ai pas le droit d’approcher de chats pendant ma grossesse. Et Marc n’aura pas envie de te garder. Il faut que tu te trouves une autre maison ! »

Quand Marc et Corinne sortirent prendre l’air sur la terrasse après le dîner, le chat était toujours à la même place. Prise d’une impulsion, Corinne courut à la cuisine remplir une assiette de lait et la déposa sur le muret, à distance respectueuse du chaton. « Il était déjà là quand je suis parti ce matin, remarqua Marc en le regardant laper goulûment. Plutôt mignon, pour un chat ! » Corinne sourit comme si le compliment lui était adressé, et sans réfléchir murmura : « je souhaite que notre fille ait les cheveux noirs et brillants comme la fourrure de ce chat ! » Marc éclata de rire. « Tout ce que tu voudras, pourvu qu’elle n’ait pas de moustaches », se moqua-t-il en passant la main dans les boucles de sa femme, aussi blondes que ses propres cheveux.

Quand la petite Manon naquit la tête couverte d’un fin duvet noir, son père était trop ému pour songer un instant à faire remarquer qu’il s’agissait de la couleur de cheveux du facteur. Seule la mère de Corinne, craignant les soupçons de son gendre, se sentit obligée de rappeler que son propre grand-père avait arboré toute sa vie une magnifique toison d’ébène. Tout à leur émerveillement, Marc et Corinne ne lui prêtèrent aucune attention.

Manon était un bébé souriant et très éveillé. Elle pleurait rarement, dormait beaucoup, mais épuisait ses parents en exigeant jeux et caresses ininterrompus dès qu’elle ouvrait les yeux au fond de son berceau. Elle apprit très tôt à ramper et fit ses premiers pas sur la pelouse en tentant de saisir la queue du chat noir qui habitait toujours le jardin. Bien qu’il ne fut pas autorisé à pénétrer dans la maison, le chat avait gagné sa place dans la famille par la bonne volonté dont il faisait preuve avec Manon, au point que Marc lui-même, dans un élan d’affection, avait tenu à le baptiser « Blanche-Neige ». Corinne, délivrée des soucis médicaux de la grossesse, aurait bien voulu partager l’affection du chat avec sa fille, mais l’animal refusait obstinément de la laisser s’approcher et persistait à n’accepter les offrandes de nourriture qu’à condition que Corinne recule de plusieurs pas. Manon, en revanche, était autorisée à se rouler dans l’herbe avec lui et à lui tirer les moustaches, et c’était un plaisir de les regarder se poursuivre du muret au perron, la petite fille qui ne criait pas et le chat qui ne miaulait jamais.

Mais ce qui était une source de joie et de soulagement avec le bébé se changea en inquiétude lorsque Corinne réalisa que sa fille, à un an révolu, ne parlait pas plus qu’elle ne criait.

(…)

 

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Je suis originaire de Brest. J’ai fait des études d’ethnologie et de langues orientales, qui m’ont permis de vivre trois ans à Oxford au Royaume-Uni et de me spécialiser sur l’Inde.

Grâce à mes connaissances en langue hindi, j’ai ensuite trouvé du travail à la bibliothèque des langues orientales à Paris, et depuis j’enchaîne des contrats comme technicienne de bibliothèque.

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