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J’ai avalé une clef de sol, d’Ophélie Giordana (Extrait en ligne)

Blackout. Oublis. Des ombres dessinées par les objets dans la pénombre. Nicolaï est un jeune russe happé par l’ambition de trouver la mélodie idéale, celle qui le consacrera au panthéon des plus grands, mais ses moments d’absence inquiètent de plus en plus sa femme. Ne serait-il pas en train de se perdre dans un labyrinthe, sans clefs pour s’en libérer ?

Ma fenêtre donnait sur une nature morte. Oui, celle faite de pigments colorés, sans yeux pour voir, sans âme pour tout simplement être.

Ce matin-là, il y avait cette lumière criarde battant les arbres, brisant les vitres. Je sus que quelque chose avait changé. Les notes dansaient dans mon esprit, elles frappaient mon crâne, mes volets aussi.

Je sentis soudain la main de ma femme sur mon épaule. Lena avait vraiment ce visage émacié, et cette peau si alpestre qu’elle s’avérait fortement repoussante. Pourtant, malgré cette dureté apparente que j’abhorrais, elle était l’inspiration de ma musique : quand sa main se posait sur mon épaule, je sentais une clef de sol glisser de sa paume et s’étirer sur mon épaule avant de se déposer dans mon cœur.

Elle me murmura :

« Mon Nicolaï, tu te donnes bien du mal pour réaliser ta musique… »

Mais je ne l’entendais qu’à peine. Je sentais le souffle de ses lèvres près de mon cou, mais c’était tout.

Ce fut pendant que je buvais mon café à petites gorgées qu’elle arriva… la tortueuse mélodie que tout le monde craint : la musique. Elle se traîna vers moi, cette sinueuse petite créature, puis elle posa ses longs doigts squelettiques sur mon épaule et fit arrêter le temps. C’était une créature immonde, vaporeuse ! Je savais que je ne devais pas l’écouter, mais le chant des sirènes est toujours plus puissant que la raison humaine.

Était-ce la mélodie du Sacre du printemps de Stravinsky que mon gramophone faisait remonter à mes oreilles ? Une mélodie sciante, âpre, découpant l’atmosphère au couteau.

« Nicolaï, pourquoi ne bois-tu pas ton thé ?

— Mon thé ? »

Quel thé ? J’étais persuadé d’avoir pris une tasse de café… Non, c’était bien du thé. La fumée qui en émergeait se tordait et se courbait dans une danse folle. Mais où étais-je donc parti ?

En réalité, j’étais resté devant ma tasse, regardant la poussière briller sous les quelques dentelles de lumière de l’aurore.

« M’écoutes-tu enfin ?

— Pardon.

— Je t’ai préparé un panel de tâches à effectuer. Il faudra chercher du bois. Le fendre. Et n’oublie pas que mes parents viennent pour dîner. »

« Parents » et « dîner » était la combinaison qui ne se mariait pas du tout à mon goût. J’étais marié à Lena, mais je détestais ses parents. Je crois bien être venu au monde dépourvu de bon sens.

 

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Ophélie Giordana est passionnée par la culture celtique. Née de parents enseignants, elle a appris que la littérature, les voyages façonnent l’esprit et que le nouveau monde n’est pas nécessairement enseigné dans les manuels scolaires. Ophélie est née à Cannes, la ville des étoiles, le 31 juillet 1996 : c’est pourquoi elle a essayé de façonner son quotidien pour le transformer en nébuleuse.

Elle compose ses premiers récits à l’âge de 13 ans. La littérature la passionne, notamment la littérature anglaise qu’elle étudie au lycée. C’est à cœur ouvert qu’elle entreprend chacun de ses projets, avec l’ambition de ne pas décevoir à la fois elle-même et les autres. Ophélie est également passionnée par les arts plastiques et visuels. Elle a participé à de nombreux concours de dessins, et certains de ses proches lui conseillèrent de ne pas abandonner cette passion. C’est aussi pour cela que son écriture s’appuie sur un certain langage du détail, en important une place de choix à la scénographie dans chaque scène : les livres sont semblables à des tableaux, le choix des pigments est aussi important que le motif.

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