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L’expérience 48, de Ludovic Esmes (Extrait en ligne)

Un mystère se cachant derrière la vitre d’un laboratoire, un rendez-vous incertain dans une sombre demeure, un assistant débutant qui ne sait pas où il a mis les pieds, une expérience interdite qui vire rapidement au cauchemar : ce sont autant d’éléments à prendre en considération dans une équation qui peut mener à la perdition. Mais une question reste sans réponse : un professeur se fixe-t-il une limite dans ses recherches ?

Les deux hommes montent à bord d’une vieille voiture à moitié déglinguée. Une fine pluie tombe et glisse légèrement sur le pare-brise. Les à-coups répétés dus aux trous qui jonchent la route font vibrer l’habitacle. Le professeur secoue sa main gauche en pinçant ses lèvres de douleur.

— Professeur, ça va ?

— Oui, tout va bien. C’est juste ma main qui me fait souffrir.

— Voulez-vous que je conduise ?

— Je ne suis pas encore bon pour la casse, vous savez, répond-il vexé.

Jeoffrey garde le silence quelques secondes et dit :

— Qu’y a-t-il derrière cette vitre ?

— La route, petit.

— Non, je parle de la vitre au laboratoire.

— L’expérience 48.

— Je… Je pourrais la voir un jour ?

— Vous l’avez déjà vu, dit-il, sûr de lui.

Jeoffrey perturbé par cette réponse rajoute :

— Non, je vous assure. Je n’ai jamais vu à quoi ressemble l’expérience 48.

— Ne vous fiez pas à votre cerveau. Voyez plus loin, plus grand !

Après cette phrase, le professeur se met à tousser violemment et lâche le volant. Jeoffrey le saisit de justesse, leur évitant une sortie de route catastrophique.

— J’ai quand même bien fait de vous engager, plaisante-t-il.

— Professeur, c’est sérieux. Vous n’allez vraiment pas bien. Depuis le début de cette expérience, votre santé se dégrade de plus en plus.

— C’est une impression, j’ai probablement attrapé un rhume. À mon âge, vous savez. Ah ! Nous sommes arrivés.

Ils s’arrêtent devant une maison dont les carreaux ont été brisés à coup de pierre. Son aspect laisse présager qu’elle a été abandonnée.

— C’est ici ? s’inquiète davantage Jeoffrey.

— Oui, c’est bien ici, répond-il en souriant.

— Drôle d’endroit pour un rendez-vous.

— Avez-vous peur ?

— Euh… Non… Non

— Sinon, il est encore temps de repartir… mais à pied.

Une fois le moteur coupé, ils descendent du véhicule. Jeoffrey s’équipe d’une lampe torche.

— Il n’y a pas de lampadaires autour de cette baraque !

— Cessez de vous plaindre. Il doit nous attendre à l’intérieur, déplore le professeur en n’apercevant personne aux alentours.

Cette vieille bâtisse lugubre surplombe un petit mont de terre. La nuit est tombée depuis quelques heures. La lune et les étoiles sont masquées par un ciel fort nuageux. Le vent souffle légèrement, portant le chant des criquets telles des conversations bizarres et incompréhensibles. Les rideaux déchirés et sales se balancent au gré des rafales, faisant un va-et-vient incessant entre l’intérieur et l’extérieur de la maison, tout en restant accrochés aux tringles. Voyant Jeoffrey sur ses gardes, le professeur lui dit :

— Vous avez quand même l’air effrayé, mon enfant.

— Non… Non pas du tout, dit-il en éclairant le chemin qui mène à l’entrée.

Tout d’un coup, le professeur trébuche et tombe dans la terre. Jeoffrey l’aide à se relever et dit, confus, en s’éloignant un peu du professeur :

— Votre bouche, professeur !

— Quoi, ma bouche ? répond-il en portant sa main sur ses lèvres.

— Vous saignez !

— Ah, bon, rétorque-t-il en prenant un mouchoir dans sa poche afin de s’essuyer.

— C’est bien plus qu’un rhume. N’est-ce pas ? réagit Jeoffrey en éclairant le professeur de sa lampe torche.

— C’est… Je ne peux pas vous en dire plus. Si tout se passe correctement ce soir, ce ne sera plus qu’un mauvais souvenir, répond-il en tendant son bras pour se cacher de la lumière.

— OK, je vous suis, dit-il en mettant sa main sur l’épaule du professeur en guise de compassion.

— Retirez votre main ! Je n’ai pas besoin de soutien et encore moins de vous ! dit-il en se mettant dans un état hystérique.

— Excusez-moi, je voulais juste…

— Je vais mettre les choses au clair. Je ne suis pas votre père et encore moins votre ami. Vous êtes mon assistant ! Ne franchissez pas la limite !

Jeoffrey, étonné de la réaction du professeur, ne préfère pas répondre. Le comportement changeant ainsi que l’état de santé du professeur l’inquiète depuis le début de cette mystérieuse expérience.

La porte d’entrée tient à peine au chambranle. Une averse de pluie tombe précipitamment, ce qui contraint les deux hommes à se mettre à l’abri à l’intérieur de la maison. Des toiles d’araignées sont tissées sur chaque recoin des murs. Le plancher et de vieux meubles abîmés sont couverts de poussière et de saletés. Des graffitis urbains recouvrent le tapis plein. Brusquement, une porte dans le fond s’ouvre et claque contre le mur. Une personne dans l’obscurité, habillée d’un long manteau noir, s’avance vers eux, une valise à la main. Elle retire son chapeau et dit d’une voix grave :

— Bonsoir, professeur, vous êtes venu.

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Tout cela vous fera voyager dans un tourbillon rempli d’émotions. Naviguez dans cet univers dans lequel vous vous poserez la question : mais que sont-ils devenus ? Alors, ne perdez surtout pas le contrôle et sans détour parcourez mes écrits. Mais attention, il y aura un jour où cela risquera d’être votre tour…

Je suis marié et père d’une petite fille. Je suis né en 1979 et réside en Belgique…

2 Comments on L’expérience 48, de Ludovic Esmes (Extrait en ligne)

  1. Le professeur Larwins m’a fait penser au professeur Tournesol dans Tintin, ne me demandez surtout pas pourquoi car il n’y a vraiment pas de points communs réels. Peut-être est-ce son côté un peu fou qui m’a fait penser à Tournesol ?

    C’est toujours un plaisir pour moi de retrouver la plume de Ludovic. Il a cette manière d’écrire, que ce soit un texte court ou encore un roman, qui nous rend complètement addict. Il vous prend par la main et vous embarque du point A au point B, mais en passant par les points C/D/E/F…, histoire de bien vous faire mijoter avant la révélation finale, qui n’est jamais ce à quoi on pourrait s’attendre avant de l’avoir sous les yeux.

    Encore une fois, il a réussi à m’étonner en peu de pages.

  2. L’Expérience 48 est une nouvelle comme je les aime : un cocktail de mystère, de suspens, d’action et de rebondissements.

    Geoffrey, assistant d’un professeur mystérieux et acariâtre, ne cesse de se demander en quoi consiste l’expérience 48, le mystère qui se cache derrière une vitre opaque du laboratoire où il travaille bénévolement. S’il pense pouvoir soutirer quelques informations au professeur, il n’en est rien : ce dernier reste volontairement dans le secret. L’assistant espère, lors d’un rendez-vous entre le professeur et un inconnu, lever le mystère.

    Ce qui est plaisant dans cette nouvelle, c’est tout d’abord le contraste entre le professeur et son assistant. Le premier est âgé, acariâtre et secret. Le second est jeune, volontaire et avide d’informations. La nouvelle est accessible et nous plonge dans l’action et dans un suspens parfois haletant.

    Je ne me suis pas ennuyée une seconde. J’avais peur de ne pas avoir les réponses à mes questions mais il n’en est rien, la fin en a même soulevée de nouvelles. Je n’ai plus qu’une chose à dire : à quand la suite ?

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