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Les dernières niouzes

Dernière chasse, de Ségolène Roudot (Extrait en ligne)

L’histoire est celle d’un chasseur de fantôme professionnel, au crépuscule de sa carrière. Après avoir attrapé un Spectre blanc, il renoncera à sa profession pour profiter de la vie, en compagnie de sa femme et de son fils. Mais peut-on sortir du commerce des morts impunément ?

Dès que nous eûmes passé le pont, les fantômes vinrent à notre rencontre. Ce ne furent d’abord que des frôlements dans le brouillard épais qui s’était refermé sur mon guide, deux pas devant moi ; puis des poches de brume qui glissèrent en chuintant, prirent du volume, se dérobèrent à nouveau. Çà et là, des formes tremblotaient, tournoyaient, retournaient se fondre dans le néant glacé. J’aperçus des doigts, des corps qui ne faisaient qu’un avec la brume, puis un paquet de vapeur grise s’effondra devant moi et nous vîmes le visage.

C’était le visage de fantôme le plus déchirant qu’il m’ait été donné de contempler. Il me sembla qu’il me regardait moi, et, hésitant, j’avançai la main.

— Prenez garde ! chuchota le guide qui me surveillait du coin de l’œil.

Je baissai le bras, agacé. Le visage était retourné à la brume.

— Vous l’avez fait fuir ! grommelai-je.

— Ils sont très timides ! S’ils prennent peur, vous ne les reverrez jamais. Vous ne pouvez pas les toucher !

Ce jeune guide commençait à sérieusement m’agacer. Pour qui se prenait-il ?

— J’étais chasseur de fantômes quand vous traîniez encore dans les jupes de votre mère !

— Ceux-ci sont différents, monsieur, s’obstina-t-il. Très peureux ! Ne bougez plus et attendez.

À nouveau, nous laissâmes la brume se refermer sur nous. Toute couleur, toute sonorité semblaient effacées, même le grondement de la cascade ne me parvenait plus que comme un murmure étouffé. Je sentis un frisson me parcourir. Le guide avait raison : de toute ma carrière, jamais je n’avais vécu pareille expérience. Peut-être même étais-je le premier chasseur à apercevoir des Spectres blancs depuis la fameuse expédition de Rochelong, dix ans plus tôt. Mais moi, je ne me contenterais pas de les approcher. Je n’avais pas bravé les ravins, les chemins glacés, les falaises balayées par les vents et la neige, je n’avais pas traversé le mythique pont de glace au-dessus de la grande cascade pour apercevoir un Spectre blanc et m’en retourner. Je venais pour une capture.

Je les voyais distinctement, à présent. Un anneau de pâles figures vaporeuses qui nous encerclait, moi, le guide et le mulet qui tirait la cage. L’animal n’en menait pas large, mais seuls une bête ou un ignorant pouvaient prendre peur à la vue des fantômes. Les Spectres blancs sont les plus inoffensifs de tous les êtres dont ma profession fait commerce. Leur rareté sur le marché ne provient que de la difficulté à accéder à leur caverne, au cœur de la montagne gelée, et à tirer une cage à fantômes le long des sentiers glissants et mortels des grandes falaises. L’excitation m’envahit. Ce serait ma plus belle capture, une capture à même de clore une carrière exceptionnelle.

(…)

 

 

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Je suis originaire de Brest. J’ai fait des études d’ethnologie et de langues orientales, qui m’ont permis de vivre trois ans à Oxford au Royaume-Uni et de me spécialiser sur l’Inde.

Grâce à mes connaissances en langue hindi, j’ai ensuite trouvé du travail à la bibliothèque des langues orientales à Paris, et depuis j’enchaîne des contrats comme technicienne de bibliothèque.

3 Comments on Dernière chasse, de Ségolène Roudot (Extrait en ligne)

  1. Merci à L’Arlésienne pour ce service presse et pour sa confiance❤

    J’ai adoré ma lecture ! Ségolène Roudot nous offre une nouvelle à l’écriture noire et fantastique, mélangeant le surnaturel avec la réalité. On se laisse transporter dans le monde de l’auteure par sa plume délicate et noire.

    J’ai été absorbée par la lecture dès les premières lignes, l’histoire est captivante. Les descriptions nous permettent de nous projeter dans les lieux sombres. Les émotions du personnage principal sont bien mises en avant.

    Comme toute bonne nouvelle, la fin est saisissante. On ne s’attend pas à une chute pareille.

    Extrait : « Çà et là, des formes tremblotaient, tournoyaient, retournaient se fondre dans le néant
    glacé. J’aperçus des doigts, des corps qui ne faisaient qu’un avec la brume, puis un paquet de
    vapeur grise s’effondra devant moi et nous vîmes le visage. »

    Note : 5/5

  2. Je ne peux qu’être en accord avec l’avis de l’Arlésienne à propos de cette nouvelle ! Je l’ai ADORÉE ! Je suis même déçue qu’elle ne soit pas adaptée en roman car je trouve l’idée de chasseurs de fantômes version « moderne » unique et très intéressante ! Dès le début, j’ai été plongée dans cet univers froid, sombre et glauque mais également très mélancolique. J’ai adoré le fait que l’auteur nous décrive diverses sortes de fantômes, qu’elle nous explique leur fonctionnalité et leur origine. En quelques pages seulement, je me suis sentie transportée dans un autre monde, allant de rebondissements en rebondissements. Quant à la chute, je ne m’y attendais pas et je me suis régalée ! En effet, je devine assez vite la finalité du récit et là, ça a été tout le contraire ! L’auteur a su attiser ma curiosité du début à la fin et l’assouvir jusqu’à la dernière phrase. Je conseille sincèrement cette nouvelle unique en son genre, imaginative à souhait et à l’écriture parfaite ! Merci Ségolène Roudot !

  3. Un homme effectue une dernière chasse aux fantômes avant de se retirer de la profession pour profiter de sa femme et de son enfant à naître : voici le thème original de Dernière chasse.
    Cette nouvelle appelle à la lecture avec une histoire riche, des personnages et des thèmes intéressants et une écriture de qualité. En quelques pages, nous sommes transportés dans un autre monde…
    L’œuvre nous plonge dans l’action dès le début et propose des rebondissements et un dénouement de taille. Le schéma narratif est cohérent avec l’incipit.
    Une nouvelle typiquement fantastique mais également emprunte de mélancolie, de quête identitaire et de sacrifice.

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