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J’ai avalé une clef de sol, d’Ophélie Giordana

Blackout. Oublis. Des ombres dessinées par les objets dans la pénombre. Nicolaï est un jeune russe happé par l’ambition de trouver la mélodie idéale, celle qui le consacrera au panthéon des plus grands, mais ses moments d’absence inquiètent de plus en plus sa femme. Ne serait-il pas en train de se perdre dans un labyrinthe, sans clefs pour s’en libérer ?

Je sentis soudain la main de ma femme sur mon épaule. Lena avait vraiment ce visage émacié, et cette peau si alpestre qu’elle s’avérait fortement repoussante. Pourtant, malgré cette dureté apparente que j’abhorrais, elle était l’inspiration de ma musique : quand sa main se posait sur mon épaule, je sentais une clef de sol glisser de sa paume et s’étirer sur mon épaule avant de se déposer dans mon cœur.
Elle me murmura :

« Mon Nicolaï, tu te donnes bien du mal pour réaliser ta musique… »
Mais je ne l’entendais qu’à peine. Je sentais le souffle de ses lèvres près de mon cou, mais c’était tout.
Ce fut pendant que je buvais mon café à petites gorgées qu’elle arriva… la tortueuse mélodie que tout le monde craint : la musique. Elle se traîna vers moi, cette sinueuse petite créature, puis elle posa ses longs doigts squelettiques sur mon épaule et fit arrêter le temps. C’était une créature immonde, vaporeuse ! Je savais que je ne devais pas l’écouter, mais le chant des sirènes est toujours plus puissant que la raison humaine.

 

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Extrait :


Ophélie Giordana est passionnée par la culture celtique. Née de parents enseignants, elle a appris que la littérature, les voyages façonnent l’esprit et que le nouveau monde n’est pas nécessairement enseigné dans les manuels scolaires. Ophélie est née à Cannes, la ville des étoiles, le 31 juillet 1996 : c’est pourquoi elle a essayé de façonner son quotidien pour le transformer en nébuleuse.

Elle compose ses premiers récits à l’âge de 13 ans. La littérature la passionne, notamment la littérature anglaise qu’elle étudie au lycée. C’est à cœur ouvert qu’elle entreprend chacun de ses projets, avec l’ambition de ne pas décevoir à la fois elle-même et les autres. Ophélie est également passionnée par les arts plastiques et visuels. Elle a participé à de nombreux concours de dessins, et certains de ses proches lui conseillèrent de ne pas abandonner cette passion. C’est aussi pour cela que son écriture s’appuie sur un certain langage du détail, en important une place de choix à la scénographie dans chaque scène : les livres sont semblables à des tableaux, le choix des pigments est aussi important que le motif.

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6 Comments on J’ai avalé une clef de sol, d’Ophélie Giordana

  1. Un véritable bonheur à lire. Des images d’un bout à l’autre; c’est de la poésie. De l’humour, une histoire touchante.
    Le style est élégant et magnifique.

  2. Une histoire originale, dont la progression tortueuse fait penser aux auteurs russes d’autrefois !
    Elle se lit en un trait ! J’ai adoré !

  3. Une nouvelle originale et captivante qui plonge le lecteur dans l’univers de la composition de la musique en Russie. Cette jeune écrivaine talentueuse use d’un style d’écriture remarquable avec un langage soutenu et un vocabulaire riche. La précision de la description des lieux, de l’atmosphère qui règne dans ces lieux, des émotions des personnages transportent littéralement le lecteur. Je recommande vivement cette émouvante histoire qui se lit d’une traite.

  4. Une jolie œuvre, finement raconté et avec beaucoup d’élégance dans les mots. Félicitations, continues sur cette voie. Je le recommande.

  5. Nouvelle formidablement aboutie pour une si jeune nouvelliste (vingt ans à peine). La scénographie est au cœur de cette oeuvre… Les détails du décor sont couchés sur le papier comme on détaillerait une oeuvre picturale… De fait, le lecteur est littéralement transporté en cette masure située quelque part aux confins d’une forêt russe, là où se trame le drame ; l’atmosphère y est pesante, et un dénouement sombre perceptible ! Pourtant, l’humour est au rendez-vous jusqu’à la situation finale ! Un avenir prometteur pour cette autrice !
    Ci-dessous, photo de cette jeune nouvelliste ! – « Félicitations Mademoiselle ! »

  6. C’est avec une grande curiosité que je me suis plongée dans l’œuvre de cette toute nouvelle autrice… que j’ai lu d’une traite ! Elle possède ce don rare de vous emporter dans son œuvre dès les premières lignes, talent que j’apprécie et que je remarque chez plusieurs auteurs de l’Arlésienne.

    L’écriture est soignée mais accessible, le style nous emmène dans un univers de mystère et de poésie mais sans nous perdre. C’est un plaisir de cheminer dans l’esprit de ce musicien torturé et de se demander au fil des lignes s’il va s’affranchir de ce mal-être bien connu de l’artiste. Derrière ses thèmes et son écriture, l’autrice prouve la solidité de son bagage littéraire et la diversité de ses influences.

    Peut-on tout sacrifier au nom de l’art ? Est-il possible de s’affranchir d’un univers qui nous oppresse ? Comment trouver l’inspiration ?

    J’ai avalé une clef de sol soulève toute ces questions grâce à une écriture qui respecte tous les codes de la nouvelle et qui se termine en apothéose, dans un dénouement à la fois attendu et surprenant.

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