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La passion de Miguel Ortiz, de Jonathan Itier

Dans une Espagne futuriste (l’histoire débute en 2020), un jeune prêtre rencontre Miguel Ortiz. Ce vieillard git sur son lit de mort. C’est dans l’ombre de sa chambre, loin de la chaleur et du soleil, que cet homme abandonné confesse son « dernier crime », « le plus grave, le plus ignoble » : un crime d’amour.

Miguel raconte sa vie. Durant les dernières années du règne de Franco, il a rencontré Gema. Probablement la plus grande putain d’Espagne. La religion, la répression et les intrigues politique, l’amitié et l’amour, l’entraide, la rédemption sont au programme de ce thriller historique passionnant.

Après Un domestique, Jonathan Itier revient en 2016 avec un deuxième texte d’excellence.

9791094896631La passion de Miguel Ortiz, de Jonathan Itier
Publié le 25 janvier 2016
Nouvelle – 25 pages, 1,99 €

Disponible sur Apple,
Kobostore,
Amazon (Kindle),
Google play,
Bookeen.

ISBN / EAN : 9791094896631

Cliquez ici pour feuilleter le livre !

Tags : Espagne, Franco, triangle amoureux, religion, politique, confession
(Les critiques de ce livre figurent en bas de l’article, après l’extrait)

Séville, 1949-1969

Miguel Ortiz était jadis un homme ardent et pur : pieux et fidèle comme les effigies peintes des chefs d’églises, définitif comme le silence des tombes. Comme sa joie en Dieu était totale, sa crainte d’en être désaimé l’assoiffait de rituels, de prières, de théologie. S’il avait rejeté l’idée d’une carrière ecclésiastique, c’était pour cette seule raison que ses vieux parents le sollicitaient pour reprendre l‘épicerie familiale, et que la bible dit : « tu honoreras ta famille ». Tous les matins et toutes les nuits, dans ce quartier de Séville qui jouxte le grand jardin de l’Alcazar, un jeune garçon traversait la rue de l’école jusqu’au fond d’une église et restait là, sous la coupole des saints, à contempler l’univers qu’avait tracé, par la main d’un artisan, le divin Inspirateur de toutes les choses. Non, il n’y a rien de plus beau, de plus sûr, que d’être l’amant de Dieu, se chantait-il en effleurant d’un doigt bleui de l’encre des écoliers les crucifix de bronze fixés, comme autant de boussoles célestes, sur les colonnes du temple…

Il s’indigna une fois des habitants, le voisinage surtout, qui murmuraient sur la folie douce des bigots d’églises, et reportaient les raisons du zèle de Miguel sur ses parents. Ses pauvres parents, qui ne connaissaient rien d’autre que le doux commerce et la messe des dimanches ! À cela, son prêtre lui répondit que le simple fidèle ne s’inquiéterait jamais que du désordre de sa propre existence, et que sa plus grande vertu consistait seulement à condamner l’excès partout où il le voyait. Puis il avait ajouté dangereusement : ce n’est pas de ce bois-là dont sont faits les saints ! Cette dernière assertion toucha la vanité de cœur du jeune Ortiz, qui redoubla de prières et se rêva un moment Saint Ignace de Loyola, Saint François d’Assise…

Depuis ses dix-sept ans, l’une de ces prières l’occupait tout particulièrement :

« Dieu Tout-Puissant, j’ai l’âge où l’on tombe amoureux. Épargne mon innocence et je tomberai à genoux devant toi chaque jour. Sinon, donne-moi une femme qui soit Ton égale, et je te vénérerai en elle. Amen ! »

Miguel ne s’intéressait qu’au seul combat dont l’issue déterminait si son âme avait la place qu’elle méritait dans l’au-delà. Comme les braises ardentes, sa foi tressaillait, rampait, éclatait, et il avait quelquefois envie d’abandonner tout le peu qu’il lui restait pour se consacrer au confort des pauvres chiens d’ennemis du Généralissime Francisco Franco, caudillo d’Espagne par la grâce de Dieu, dans leurs geôles puantes. Depuis qu’il épiait par une fenêtre de l’école les processions de bonnes sœurs qui revenaient des prisons réputées les plus difficiles d’Andalousie, sa passion pour Dieu allait à ses créatures les plus misérables.

« Communistes, républicains, clamaient ses instituteurs en inscrivant d’une main tremblante l’année 1939 – celle de sa naissance — sur le tableau, adversaires du Mouvement National ! Mais qui nous a sauvés ? »

« Le Généralissime Francisco Franco, caudillo d’Espagne par la grâce de Dieu ! », piaillaient les étudiants.

Puis, la main sur le cœur, ils entonnaient Cara al Sol… Et l’école devenait à chaque fois l’église que Miguel avait quittée, et l’unité vibrante des êtres, qu’il reconnaissait pour le présage du Paradis rétabli sur la terre, lui poinçonnait la gorge et lui gonflait les yeux jusqu’aux larmes.

Un jour, dans cette même salle de classe, un autre enfant devait pleurer à ses côtés, mais pour toute autre chose : il s’agissait de Pol Emilio, un jeune orphelin de quinze ans que la garde civile avait escorté de Madrid à Séville. Cette rencontre fut décisive pour Miguel Ortiz, qui pensa voir en Pol la même ferveur religieuse qui l’animait. Mais, comme ils se plairaient plus tard à le raconter, les deux garçons étaient d’abord devenus amis « à la faveur de leurs larmes, plus puissantes que le malentendu ».

3 Comments on La passion de Miguel Ortiz, de Jonathan Itier

  1. Sur son lit de mort, Miguel Ortiz raconte à son confident son histoire: son amitié avec Paul Emilio, son amour pour la religion et l’aide qu’il apporte à Gema, prisonnière politique.

    Le récit est original par son thème (la société espagnole des années 60) et son écriture: le découpage du récit suit une logique rétrospective.

    Les thèmes sont variés et intéressants: la religion, la répression et les intrigues politique, l’amitié et l’amour, l’entraide, la rédemption.

    L’auteur s’intéresse ici à des questions profondes: peut-on véritablement changer? La ligne de conduite que l’on s’est fixée est-elle immuable ? Découvrez vite cette quête de sens.

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  2. Lorsque j’ai lu le résumé, je m’attendais à un certain contenu. Mais l’auteur a réussi à le rendre beaucoup plus profond que je ne le pensais au départ.

    Je me suis dis que ce serait une simple confession d’un homme qui se voit mourir dans peu de temps.

    Il est vrai que c’est rapide à lire, mais wahou que d’émotions en peu de pages, que de choses à raconter en si peu de temps !

    Plusieurs sujets sont abordés, parfois même des sujets pas simples, que l’on voudrait garder pour soi. Mais l’auteur nous livre ici les confessions de Miguel sur son lit de mort. Des révélations qui peuvent choquer, étonner, émouvoir, ou encore attendrir.

    Un homme avec des convictions bien incrustées, mais un tel homme peut-il réellement changer ?

    Quelles seraient vos confessions sur votre lit de mort ?

    J'aime

  3. Si je devais faire cette chronique en une phrase, je dirais que cette nouvelle porte bien son titre. Hélas, ça risque de ne pas vous aider beaucoup. C’est pourquoi je vais développer.

    En quelques pages, Jonathan Itier nous dresse une histoire d’amour dans laquelle un homme, Miguel Ortiz, est déchiré entre le respect de sa foi, de l’amour et de l’autorité. Cette nouvelle se révèle être une confession intime et douloureuse. Ainsi, la cause de la souffrance de Miguel Ortiz nous est montrée dès son commencement. Et c’est un choix judicieux car l’histoire n’en est que plus éloquente et l’on ne peut que comprendre et compatir à la lecture de cette confession.

    Le tout est livré dans une très belle écriture. Les mots sont choisis avec soin et les descriptions très évocatrices. A cela s’ajoutent les détails de la société espagnole de Franco qui nous immergent complètement dans l’histoire tragique de Miguel Ortiz.

    Pour conclure, je vous rapporte le sentiment général de mon compère Perceval à qui j’en ai fait la lecture. Sur une échelle de 8 à 22 :

    – De 8 à 13, c’est une nouvelle qui parle de passion
    – De 14 à 20, on dirait que ça parle d’amour
    – Et de 21 à 22, on n’aimerait pas être à la place de Miguel Ortiz.

    Bohort le Jeune (BLJ)

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